The Independent (GB) - Exclusif: l'organisation caritative des droits humains Reprieve s'inquiète de savoir si l'UE et ses Etats membres pourraient chercher activement à financer des programmes de l'ONU liés au soutien à la police antidrogue iranienne.

L'Union européenne a été invitée à préciser d'urgence si elle contribue à financer des programmes anti-narcotiques iraniens liés à des exécutions massives.

Dans une lettre que The Independent a vu, Reprieve souligne que dans le cadre d'une « nouvelle page » des relations entre l'UE et l'Iran annoncée plus tôt cette année, l'UE et les États membres pourraient chercher activement à financer des programmes des Nations Unies en soutien à la police antidrogue de l'Iran - un organe responsable de centaines d'exécutions dans le pays.

Reprieve a appelé à une "clarification urgente de la politique de la Commission européenne en matière de financement des opérations antidrogue en Iran", suite à des informations "profondément préoccupantes" dans les médias iraniens selon lesquels un haut responsable du Bureau des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC) cherchait activement à soutenir les opérations de lutte contre la drogue en Iran.

La lettre, adressée au chef de la politique étrangère de l'UE, Frederica Mogherini et co-signée par des ONG, dont Human Rights Watch et Iran Human Rights, cite un article publié dans le quotidien Iran Daily indiquant qu'un responsable de l'ONUDC nommé Alex P Schmid a confirmé que «  l'UE a une évaluation positive de la performance de l'Iran dans la lutte contre les stupéfiants » et la « Commission européenne est désireuse d'affecter de nouveaux fonds à l'Iran à cet effet ».

Il aurait ajouté : « Des pays comme le Danemark, la Suède et la Norvège sont prêts à allouer un crédit à l'Iran. »

Environ 1 000 personnes ont été exécutées en Iran l'an dernier, selon un rapport du rapporteur des Nations Unies Ahmed Shaheed. Mais, le nombre officieux est censé être plus élevé.

La plupart de ces exécutions sont liées au trafic de stupéfiants et aux infractions liées aux drogues non létales.

Selon Reprieve, en 2014 le gouvernement iranien a exécuté 474 délinquants de drogue, en 2015 ce sont 682 délinquants de drogue qui ont été pendus et environ 189 délinquants de drogue ont été pendus jusqu'en septembre 2016.

Malgré ces statistiques, le numéro 2 du pouvoir judiciaire, Mohammad Bagher Olfat, a déclaré en août que la peine de mort n'avait pas eu un "effet dissuasif" sur le trafic de stupéfiants à travers l'Iran, qui est l'une des principales routes de passage de l'héroïne afghane vers l'Europe.

L'UE est le deuxième plus grand donateur de l'ONUDC, consacrant plus de 2 millions d'euros au volet d'application de la loi du programme régional 2010-2015 de l'UNODC pour « l'Afghanistan et les pays voisins » - initiative prise pour soutenir les activités de la police iranienne de la drogue, selon les rapports de Reprieve.

« Les programmes de soutien à la lutte contre les stupéfiants en Iran risquent de mener à des condamnations à mort en incitant la police iranienne à augmenter les arrestations, les condamnation et les saisies – ce qui encourage les condamnations à mort dans un système judiciaire qui ne respecte pas les normes minimales de la procédure régulière et où la peine de mort est l'une des peines exigées pour les saisies de plus de 30g de drogues illégales », lit-on dans la lettre.

Un projet de résolution du Parlement européen publié en octobre a invité la Commission européenne à « veiller à ce que toute assistance technique ou autre offerte à l'Iran ne soit pas utilisée pour commettre des violations des droits de l'homme ».

Les 28 États membres de l'UE ont fait une déclaration commune à l'Assemblée générale des Nations unies en avril confirmant que « la peine de mort pour les infractions liées à la drogue est contraire aux normes du droit international ».

Au cours du même mois, Mme Mogherini est allée en Iran pour annoncer que l'UE et l'Iran avaient « tourné une nouvelle page » dans leurs relations diplomatiques, mais a également déclaré « ce n'est pas un secret, nous avons des inquiétudes » sur la question des droits humains en Iran.

Des pays comme le Royaume-Uni, l'Italie, l'Allemagne et l'Autriche avaient indiqué précédemment qu'ils ne contribueraient pas aux programmes iraniens de lutte contre les stupéfiants supervisés par l'ONUDC.

Maya Foa, une directrice de Reprieve, a déclaré : «L'Iran continue de pendre des centaines de prétendus auteurs d'infractions chaque année dans une guerre brutale et inefficace contre la drogue. À la lumière de ces abus, de nombreux gouvernements en Europe ont refusé de soutenir les efforts anti-narcotiques de l'Iran - reconnaissant à juste titre que cela risquait d'être de la complicité dans la vague d'exécutions dans le pays.

«Étant donné le refus de nombreux Etats membres de financer ces raids et l'opposition claire et catégorique de l'UE à la peine de mort, il serait hypocrite et inacceptable que l'UE apporte son soutien à la machine d'exécution iranienne. L'UE devrait désavouer d'urgence les déclarations de l'agence antidrogue de l'ONU comme quoi elle serait disposée à faire cela ».

Un porte-parole de l'UE a déclaré : « Nous ne commentons pas les commentaires, ni les commentaires rapportés. Aucune décision sur de nouveaux financements n'a été prise en la matière. Nous sommes en train de lancer un dialogue avec les autorités iraniennes. Toute coopération UE-Iran en matière de lutte contre la drogue s'effectue dans le respect des droits humains. »

L'ONUDC a refusé de commenter et a déclaré ne pas être en mesure de vérifier les nouvelles des médias iraniens.

 

 

IRAN 
Mars 2017

42 exécutions

(Janvier: 95 exécutions - Février: 52 exécutions)

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En 2016 : 553 EXECUTIONS

En 2015 : 966 exécutions