par Alexander Carlile

Washington Times, le 31 octobre - Dans la province d'Ispahan en Iran, des manifestants sont descendus  dans les rues, le mois dernier, pour dénoncer une série d'agressions à l’acide qui ont gravement brûlé des femmes. On présume que les attaquants ont utilisé le principe islamiste de « promouvoir le bien et prévenir le mal » comme prétexte des attaques, modelant leurs actions sur celles des milices du Bassij et de Ansar-Hezbollah.

Pendant la manifestation, les manifestants ont scandé que les agresseurs à l’acide en Iran sont plus pervers que Daech. Ils comprennent donc ce que l'administration Obama ne semble pas avoir compris : la focalisation étroite sur la mise en échec et la destruction de Daech ne fait pas grand chose pour résoudre le problème plus large de l'intégrisme militant au Moyen-Orient. Les manifestants comprennent aussi quelque chose que le gouvernement iranien ne reconnaitra pas : Il est complice de ces attaques et sa politique d’habilitation des éléments les plus ultras de la société ne fait qu'encourager  la même chose.

Un communiqué de presse du Conseil national de la Résistance iranienne affirme que ces « propos contradictoires des responsables du régime des mollahs trahissent le rôle du régime dans ce crime ». L'organisation de résistance basée à Paris rapporte que suite à un accident de la route à Ispahan, des civils ont capturé un certain nombre d’individus qui transportaient des bouteilles d'acide et les ont conduits au poste de police local.

Néanmoins, Mohseni Eje'i, le porte-parole de l'appareil judiciaire iranien, a indiqué que personne n'avait été arrêté en relation avec les agressions.

Le lendemain, le 19 octobre, une autre attaque meurtrière a provoqué un scandale sur le nouveau niveau de cruauté. Ajoutant l'insulte à l'injure, le Parlement iranien a voté pour donner plus de pouvoirs aux milices du Bassidj, organisées par les pasdaran, adeptes de la ligne dure. En substance, le régime a réagi aux agressions à l’acide qui ont gravement blessé 25 femmes à ce jour en légitimant les motifs de leurs agresseurs.

Le commandant du Bassidj, Mohammad-Reza Naghdi, a commenté ces incidents en couvrant les responsabilités et en mettant en garde les médias iraniens d’éviter d’adoucir leur position vis-à-vis des personnes qui ne se conforment pas aux normes islamistes du régime. En outre, M. Naghdi n’a pas hésité à affirmer que ces attaques font probablement partie d’une conspiration des services de renseignements occidentaux pour donner  une mauvaise image de l'islam.

Même si une certaine entité occidentale absurde, dans l’ombre, cherchait à diffamer les musulmans du monde, elle n’entretiendrait jamais, et encore moins ne commettrait de terribles violations des droits humains au nom de l'islam. Les arrestations par le régime des minorités religieuses et des opposants politiques, le port du voile imposé aux femmes, la ségrégation publique des sexes et l’intensification des efforts pour forcer le retour des femmes à des rôles restreints de mères - toutes ces choses peignent pour les non-musulmans une image épouvantable de l’islam du Moyen-Orient, tandis qu'à l'intérieur ils encouragent la croissance des mouvements intégristes qui s’assurent que les femmes soient brûlées à l'acide comme un moyen approprié de faire respecter la morale.

En soi, ces attaques à l'acide sont une violation des droits humains qui exige une attention internationale immédiate. Plus que cela, elles font partie d'un problème beaucoup plus vaste auquel les Etats-Unis ont récemment tenté de répondre uniquement par des campagnes de bombardements contre une poignée de militants associés à Daech. Le Conseil national de la Résistance iranienne de la Présidente Maryam Radjavi a dit dans la déclaration de son groupe à propos de l'incident : « Le silence de la communauté internationale face à ces brutalités, quel qu’en soit le prétexte, revient à encourager le régime des mollahs et laisse la voie ouverte pour qu'il poursuive ces atrocités en Iran ».

Le fait que les responsables iraniens aient encouragé encore plus de répressions à la mode islamiste dans la foulée des agressions prouve que Mme Radjavi est dans le vrai. Si ces incidents ne font pas l’objet de déclarations sérieuses de la part du gouvernement américain et des organisations humanitaires, le régime iranien tournera cette histoire de la manière qui lui conviendra. Il voudra certainement choisir de représenter les islamistes durs comme les victimes de cette situation, plutôt que ses auteurs.

Ceux qui soutiennent le régime des mollahs, mais qui pensent que les attaques à l'acide vont trop loin, pourront se dire que les musulmans ne sont pas responsables du tout, et que tout cela est l’œuvre des Occidentaux sournois qui n’ont même pas ouverts la bouche. Pendant ce temps, ceux qui montrent leur soutien au régime avec des violences contre les femmes auront essentiellement carte blanche pour continuer en sachant qu'ils bénéficient de la puissante protection des gardiens de la révolution.

Quoi qu'il en soit, les éléments les plus extrémistes politiquement ou religieusement de la République islamique d'Iran seront enhardis si ces exactions sont laissées comme des questions que l'Iran peut traiter lui-même. Les moyens de l’Iran de gérer ses problèmes de droits humains sont quelque chose que le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont déjà trop longtemps ignoré.

Alexander Carlile of Berriew est un membre libéral-démocrate de la Chambre des Lords du Royaume-Uni et co-président du Comité parlementaire britannique pour la liberté en Iran. Il a été la personnalité indépendante chargée de suivre l'application de la loi sur le terrorisme au Royaume-Uni de 2001 à 2011.