Iran Manif – Trouver un emploi relevant presque de l‘impossible pour les femmes en Iran – elles sont à 86% hors du marché de l’emploi – il ne leur reste que peu d’options. Les jeunes se lancent dans la vente sur internet de productions manuelles ou de services sur l’application Telegram qui n’est pas censurée par le régime. D’autres font de la vente à domicile qui marche fort. D’autres enfin, une grande majorité font de la vente à la sauvette dans la rue, surtout dans le métro de Téhéran.

 

Durant des années, ces petites vendeuses ont pu gagner de quoi vivre et échapper à la prostitution comme dernier recours pour survivre et nourrir les enfants. Puis soudain, le gouvernement Rohani, le fameux modéré, a interdit cette fenêtre d’oxygène pour tous, femmes et hommes. Désormais hors-la-loi, elles risquent gros, surtout de perdre leur marchandise, si elles sont attrapées. 

Le syndicat libre des travailleurs iraniens a mené le 21 avril une enquête sur le terrain. Des témoignages poignants:

Khadijeh a 32 ans, elle est originaire de Kermanchah (ouest de l’Iran). Elle raconte comment depuis douze ans elle assure les besoins de toute la famille. Elle travaille dans le métro de la capitale et ce jour-là, elle était à la station Enghelab. Khadijeh explique que son mari, ouvrier du bâtiment, est atteint de tuberculose osseuse et ne peut plus travailler. Ils ont deux enfants de 4 et 10 ans.  Ils n’ont pas d’assurance maladie et les frais médicaux sont très lourds. Ils n’ont droit à aucune aide sociale. Khadijeh a sonné à toutes les portes, à toutes les administrations. Elle a raconté cent fois ses problèmes et cent fois s’est heurtée à un mur d’indifférence et de silence. Khadijeh vent des rasoirs et des gants jetables, et ces jours-ci les affaires ne vont pas bien ; elle n’a presque rien gagné. « Si je pouvais chaque jour travailler dans le métro, je pourrais espérer gagner entre 500 et 600.000 tomans par mois. » (Environ 150 €. Il en faut 4 fois plus pour une famille de quatre personnes pour être au seuil de pauvreté)  

Pari-Gol, a 63 ans, souffre d’une fracture à l’épaule. Son mari, il y a longtemps, vendait des cigarettes. Mais il est désormais sous dialyse. Et la dialyse c’est vraiment très cher, confie-t-elle. Son mari a une assurance maladie, mais il faut verser 250.000 tomans par mois pour en profiter. Or dans ces conditions où il ne travaille plus, c’est franchement difficile. « Cela fait quelques temps que j’ai l’épaule cassée. Mais je n’ai eue ni le temps, ni l’argent pour aller consulter un kiné. Je souffre d’arthrose et d’ostéoporose aussi. Mon fils était lutteur de profession, et puis un jour il a reçu un mauvais coup sur le ring. Lui aussi il est désormais handicapé. Il est à la maison où il fume cigarette sur cigarette. » Pari-Gol travaille tous les jours avec son épaule fracturée. Elle porte le lourd fardeau de subvenir aux besoins de trois personnes et doit payer 400.000 tomans de loyer d’un minuscule logis dans les quartiers pauvres du sud de Téhéran. « Voilà quatre ans que je travaille et je n’ai même pas réussi à mettre de côté un million de tomans », soupire-t-elle. C’est l’heure du déjeuner. Elle tire de son sac un morceau de pain rassis. Dans le pain pas grand-chose, un reste de la veille. Pari-Gol mange, parle et … pleure. 

Le mari de Mina est parti avec une femme plus jeune. Il l’a abandonnée avec ses deux enfants. Mina doit avoir la trentaine. Elle raconte comment il s’est épris d’une fille avant de se faire la valise avec elle. « J’ai été contrainte de divorcer et pour avoir la garde des enfants, j’ai dû mettre une maison que j’avais reçue en héritage au nom de mon ancien mari. J’ai deux filles de 9 et 11 ans. Le midi après avoir emmené les gamines à l’école, je vais dans le métro vendre des mi-bas, des chouchous pour les cheveux et des chewing-gums. » Mina en a gros sur le cœur contre les agents : « Deux mois avant les fêtes (du Nouvel An iranien le 20 mars), ils m’ont arrêtée et ils ont pris toute ma marchandise. » Mina ne compte plus les fois où ils l’ont mise en garde-à-vue. «Après le Nouvel an, ça c’est un peu calmé, comme s’ils ne veulent plus nous embêter. » Quand on lui demande si ça ne serait pas mieux que la mairie lui accorde un petit stand, elle sourit et répond désabusée : « Faut pas rêver. Qu’ils ne nous confisquent pas la marchandise, ça sera déjà bien. »

 

 

IRAN 
Mars 2017

42 exécutions

(Janvier: 95 exécutions - Février: 52 exécutions)

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En 2016 : 553 EXECUTIONS

En 2015 : 966 exécutions