Mahmoud Ahmadinejad a eu sa dernière chance

The Economist, 7 janvier - Les six pays qui tentent de discuter avec l'Iran de ses dangereuses ambitions nucléaires – les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, la Russie et la Chine – sont face à un choix peu appétissant. L'Iran continue de produire des stocks d'uranium enrichi qu’il prétend destiner à un programme nucléaire civil (même s’il n'a pas de réacteur à propulsion nucléaire qui pourraient l’utiliser), mais qui pourrait fabriquer une bombe.

Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, s’est vu offrir un marché où la Russie et la France auraient pris une grande part de son stock d'uranium faiblement enrichi pour en faire – en toute sécurité à l'extérieur du pays – un combustible hautement enrichi pour un réacteur de recherche situé à Téhéran. En diminuant les stocks de l'Iran, même pour quelques mois, l'affaire aurait pu entrouvrir la porte à des pourparlers pour édifier la confiance avec les Six. Toutefois, l'échéance pour saisir cette offre était la fin de 2009, et la main que Barack Obama a tendue au régime a donc été repoussée.

Les enjeux sont d'autant plus élevés que cette question est un test sévère de non-prolifération nucléaire (TNP). Cette grande entente permet aux pays de faire de l'électricité, mais pas des armes, avec la fission nucléaire. Cela devra être révisé cette année. Si les mois s'écoulent avec l'Iran démontrant à tout le monde à quel point il est facile de casser les règles du traité en toute impunité, le TNP aura finalement touché à sa fin. Le moment est donc venu de prendre des mesures plus sévères. Il n’y a que deux options pour les six pays : des sanctions plus sévères ou une action militaire.

Aucun gouvernement, pas même celui d’Israël, dont la sécurité est la plus directement menacée par M. Ahmadinejad, ne veut recourir à la force. Les frappes militaires pourraient interrompre l'effort nucléaire iranien, mais les gains sont aussi incertains que les coûts. Ils peuvent sans doute  toucher des sites officiellement déclarés, mais les services de renseignement savent qu'il y en a d'autres, comme les usines d'enrichissement militaires d'uranium en cours de construction secrète dans un flanc de montagne sur un site bien gardé à proximité de Qom, dont l'existence a été révélée il y a quatre mois. Et même si l'attaque réussissait à pénétrer l'ensemble des sites souterrains de l'Iran – un grand si – il ne pourrait que retarder provisoirement les ambitions de l'Iran (…) Les frappes militaires risqueraient également de provoquer un conflit plus étendu dans une région qui est déjà instable de manière inquiétante.

Des sanctions plus douloureuses, alors, sont la seule alternative raisonnable pour faire abandonner à l'Iran l’enrichissement vers le point dangereux où il pourra déclarer qu'il a une bombe. Mais la Russie et la Chine, en particulier la Chine, qui a amassé de l'argent dans l’industrie du pétrole et du gaz iranien au retrait de compagnies occidentales, rechignent à se montrer dures.

L'intérêt personnel n'est pas la seule raison de s'opposer à des sanctions. Ceux qui prônent des frappes militaires et ceux qui ne feraient rien se plaignent que les sanctions ne fonctionneraient pas. D'autres croient que ça marcherait, mais qu’elles feront plus de mal que de bien en encourageant les Iraniens à se rallier autour du gouvernement à un moment où le mouvement de protestation semble pouvoir apporter des changements.

Mais le mouvement de protestation de l'Iran est trop peu compris pour donner beaucoup de poids à de tels jugements. Il n'y a pratiquement aucune information indépendante sur ce qui se passe à l'intérieur du pays, les manifestants n'ont pas de leader évident et le devenir de ce mouvement dépendra beaucoup des scissions à l'intérieur d'une élite cléricale fermée. Dans des lieux où les faits sont plus clairs, les effets des sanctions n’ont pas été non plus prévisibles (…)

Si les sanctions n’avaient été utilisées que lorsque leurs conséquences étaient certaines, elles n’auraient jamais utilisées du tout ; et l'incertitude n'est pas une excuse pour ne rien faire, parce que cela pourrait être tout aussi dangereux.

Condamné si vous le faites, condamné si vous ne le faites pas
 
D'où la politique visant à punir le régime et à épargner le peuple. Les sanctions existantes ont empêché certaines importations illicites pour ses programmes nucléaires et de missiles. Les fouilles de routine des navires et les avions iraniens dans des ports étrangers et les aéroports permettraient de faire davantage de prises et de le piquer aussi. Des restrictions bancaires ont valu au Président la colère des commerçants et des députés. Elles peuvent être renforcées et étendues. le Congrès américains penche pour une interdiction des importations d'essence qui, étant donné le manque de capacité de raffinage de l'Iran, pourrait mettre l'économie à genoux. Mais ce serait permettre à M. Ahmadinejad de blâmer les étrangers alors qu’il est sur le point d'encourir la colère de la population en réduisant les subventions à l'essence. Une interdiction frappant l'investissement dans l'industrie pétrolière et gazière et les importations d'armes serait plus intelligente.

Obtenir l'accord de telles sanctions va être dur, et pas seulement à cause de la Chine et de la Russie. Certains responsables de l'équipe de M. Obama ont laissé entendre que davantage de patience pourraient être sage. Laisser la porte ouverte à des pourparlers, si M. Ahmadinejad venait à changer d’idée, est une bonne idée. Mais la mise en sourdine de mesures plus sévères ne fera que l'encourager à faire pression. Malgré l'incertitude de l'action, le prix de l'inaction est supérieur.

IRAN 
Juin 2018

 3 exécutions

(Janvier: 22 exécutions, février: 17 exécutions, mars: 12 exécutions, avril: 33 exécutions, mai: 19 exécutions)

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En 2017 = 544 EXECUTIONS

En 2016 : 553 EXECUTIONS

En 2015 : 966 exécutions