Europe 1, 27 décembre - Depuis quelques jours après la signature d'un contrat d'Airbus avec l'Iran pour une commande de 100 avions, retour sur les espoirs des entreprises françaises. Il y a un an, une délégation de grands patrons emmenée par le Medef, se rendait à Téhéran. On parlait alors de gros contrats. C'est l'enquête du 8 heures.

Un an après l'accord avec l'Iran, combien de contrats ont été signés exactement ?

D'abord, il y a donc ces avions. C'est un gigantesque contrat. 20 milliards de dollars au prix catalogue. Peugeot et Renault ont aussi investi sur place. Le groupe Accord va installer des hôtels. Total a décroché également un contrat. C'est donc pas mal, mais on est très loin de l'Eldorado annoncé. Les entreprises de taille moyenne ou petites n'y arrivent pas.

Parce qu'aucune grande banque française ne veut financer les projets. La Société générale ou BNP le disent même très clairement : "hors de question pour nous d'aller en Iran". Les sanctions de l'ONU ont été levées sur ce pays mais pas les sanctions américaines, des vieilles sanctions liées aux droits de l'homme. Les banques françaises en ont peur. Elles craignent des amendes colossales en milliards de dollars. Il est notamment interdit de faire du commerce avec des entreprises qui ont un lien avec le terrorisme. Ce n'est pas simple de choisir les bons partenaires selon Mathieu Etourdeau, directeur du centre français des affaires de Téhéran : 

"Il y a un certain nombre de sanctions qui sont encore en vigueur, notamment celles qui visent certaines entités iraniennes liées aux gardiens de la révolution. C'est pourquoi c'est très important pour les entreprises françaises qui s'intéressent au marché iranien de bien anticiper, de bien analyser leurs éventuels partenaires afin de s'assurer que parmi ces partenaires il n'y a pas des entités et des personnes blacklistées.

Comment on explique que Boing, Airbus ou Peugeot, eux, aient réussi à signer ?

Pour l'aéronautique il y a une sorte de dérogation. Pour Peugeot, ils y sont depuis des années et n'utilisent pas de pièces américaines. Mais pour tous les autres, c'est compliqué. Orange, par exemple, regarde le dossie, mais selon nos informations, l'opérateur devrait trouver une banque étrangère pour y aller, peut-être une italienne. Même pour les petits contrats ce n'est pas simple comme en témoigne François Burgau qui dirige Adecta dans les semences végétales :

"Aujourd'hui, il n'y a pas de banques françaises qui acceptent des paiements supérieurs à 50.000 euros de la part des banques iraniennes et même de la Banque centrale iranienne. On est obligé de passer par des intermédiaires financiers allemands, turcs, avec des montages relativement compliqués."

Et ce n'est même pas prêt de changer. L'administration Trump qui arrive au pouvoir dans quelques jours est ouvertement anti-Iran. Ce n'est pas ça qui va rendre les banques françaises moins frileuses.