JDD, Par Karen Lajon - Hamed al-Saadi est d'une élégance impeccable. Il porte un ensemble veste-pantalon de couleur kaki tendance qui tranche avec l'habit militaire habituel. Ajoutez à cela un trench 7/8 noir coupé près du corps et des bottines marron clair cirées au millimètre, l'Irakien pourrait presque incarner, aux vues de ces précieux atours, l'homme nouveau au sein des milices chiites. Le porte-parole des Unités de  mobilisation populaires, ou les Hachd al-Chaabi, respire la civilisation et la droiture. Ce qui colle parfaitement au message que ces unités accusées d'exactions, entendent désormais faire passer. En finesse.

"On s’est structuré avec les anciens bataillons qui ont combattu l’occupant américain puis Al-Qaïda, explique Hamed al-Saadi, mais nous avons aussi inauguré des centres d'entraînement pour les nouvelles recrues. Dans cette lutte pour libérer le monde et l'Irak des terroristes de Daech, l'encadrement est irakien mais nos frères d'Iran nous offrent tous leurs conseils". Sous les traits du Général Qassem Souleimany qui participe à la planification et apporte l'aide stratégique et technique nécessaire. "Mais il ne nous dirige pas", soutient le porte-parole. 

Objectif : instauration d'un gouvernement islamique à l'iranienne

Les Hachd al-Chaabi compteraient 140.000 hommes. Les chefs sont heureux de claironner que des milices chrétiennes, sunnites, et autres sont également intégrées dans cette guerre contre Daech. En réalité, le gros de la troupe est composé de milices chiites. Elles ont répondu à la fatwa du grand ayatollah Ali al-Sistani, lancée le 13 juin 2014, trois jours après la prise de Mossoul par Daech, et ont rejoint avec ardeur ce qui doit constituer une sorte de nouvel Irak. Le 19 décembre, le président irakien signe la loi qui intègre les Hachd al-Chaabi aux forces sécuritaires irakiennes. "Ce que l'on fait est révolutionnaire, souligne encore Hamed al-Saadi, ce n'est pas seulement militaire, c’est un projet politique pour le pays." Leur objectif, l’instauration d’un gouvernement islamique à l’iranienne.

Dans le bureau du porte-parole, nos yeux se posent alors sur une étonnante moquette aux motifs psychédéliques des années 70, et nous ramènent à la réalité. Si le look est moderne, la pensée idéologique de cet homme raffiné ne l'est pas. Elle est toute tournée vers le pays ami, la République islamique d'Iran, que beaucoup accusent, par le biais de cette force de mobilisation populaire, de se lancer dans une reconquête politique rampante de l'Irak, après le départ de l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki.

Un Etat dans l'Etat

Alors, allons faire la tournée des popotes de ces milices chiites, loin d’être homogènes, et qui ne sont pas toutes logées à la même enseigne. Les plus importantes se revendiquent ouvertement proches de l’Iran et n’ont aucun problème d’argent ni de moyens. A commencer par l’organisation Badr, un Etat dans l’Etat. Pour se rendre chez eux, dans le quartier de Kadumia, au nord de Bagdad, il faut traverser un imposant check-point, tenu par des soldats lourdement armés. 100.000 personnes vivent dans cette partie de la ville.

Mueen al-Kadumi, 55 ans, député, est l’adjoint du chef des Hachd al-Chaabi pour les blessés, les martyrs et l’approvisionnement. Tout en rondeur avec un air de bon père de famille inoffensif, seuls ses yeux incitent à ne pas se fier à son enveloppe corporelle. Assis à sa gauche, un Iranien prend des notes. Les deux hommes se parlent en farsi. "Nous ne travaillons pas avec les Américains mais avec  les Iraniens et le général Souleimany, oui. C’est plus direct de passer par eux en termes d’approvisionnement technique, militaire et financier. Notamment pour Mossoul."

La prise de Abou Bakr al-Bagdhadi est-elle une priorité pour Hachd al-Chaabi? Non, de l’avis de tous. "Nous avons au sein de nos services, souligne le porte-parole Hamed al-Saabi, une cellule appelée Falcon qui suit à la trace si cela est possible les allées et venues du chef de Daech. Les Américains ont offert 25 millions de dollars mais l’argent ne suffit pas. C’est bien pour les opinions occidentales, chez nous cela ne fonctionne pas de la même façon. Sa mort portera un coup au moral de ses sympathisants mais l’idéologie est bien là, c’est pour cela que nous n’en faisons pas une priorité et encore moins une obsession."

L'Iran "nous aide sur le plan militaire"

Les Iraniens chez les Irakiens et ces derniers en Syrie pour prêter main forte à la Force Al-Qods, le bras armé des Pasdarans iraniens. Un échange de bon procédé auquel se plie ouvertement la milice du Harakat Hezbollah al-Nujaba. L'adjoint au commandement militaire nous reçoit au centre administratif situé derrière les murs d'une mini-forteresse au centre de Bagdad, où s’étalent les portraits du Guide suprême iranien Ali Khamanei. "Nous avons trois brigades et des milliers de réservistes irakiens. Ils se sont aussi battus à Alep."

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IRAN 
Avril 2017

26 exécutions

(Janvier: 95 exécutions - Février: 52 exécutions - Mars: 45 exécutions - )

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En 2016 : 553 EXECUTIONS

En 2015 : 966 exécutions