Par Patrick Goodenough

CNSNews.com – L'ancien président iranien Hachemi Rafsandjani, décédé dimanche à l'âge de 82 ans, était lié dans les dernières années de sa vie aux "réformateurs", y compris au président actuel Hassan Rohani. Mais au cours de sa longue carrière, il a été associé à certaines des actions les plus controversées, comme des attentats terroristes de masse et des assassinats d'opposants en exil.

Les médias iraniens ont rapporté que Rafsandjani est mort à l'hôpital Shohada à Téhéran après une crise cardiaque. Rohani a été vu à son chevet à l'hôpital peu avant la nouvelle.

Rafsandjani a joué un rôle politique et religieux démesuré dans la vie de la République islamique, occupant le poste de président du pays de 1989 à 1997 (après un passage à la présidence du parlement), mais il a aussi été à la tête de deux des plus importantes institutions du régime : l'Assemblée d'experts, avec ses 88 membre des plus hauts érudits religieux qui nomment le guide suprême, et le Conseil de discernement des intérêts de l'Etat, un organisme qui conseille le guide suprême.

Il a cherché à redevenir président en 2005, en gagnant de justesse un premier tour, mais en perdant à la finale face au "radical" Mahmoud Ahmadinejad. Rafsandjani est devenu l'un des critiques les plus durs d'Ahmadinejad.

Au cours de la dernière décennie de sa vie, il a souvent été présenté comme un «pragmatiste» ou un «modéré» et le soi-disant «bloc Rafsandjani-Rohani» a soutenu les réformateurs lors des élections de février dernier du parlement et de l'Assemblée des experts. (Les réformateurs ont gagné, bien que les tenants de la ligne dure continuent à dominer les deux organes.)

Avec Rohani en course pour un autre mandat présidentiel à l'élection de mai cette année, la perte de l'influent Rafsandjani sera considérée comme un revers pour le titulaire.

Cependant, pour le Conseil national de Résistance iranienne (CNRI) en exil, la mort de Rafsandjani signifie la chute d'un pilier du régime qu'il espère voir entièrement défait.

Maryam Radjavi, dirigeante du CNRI, a qualifié sa mort d'effondrement de «l'un des deux piliers et de la clé de l'équilibre du fascisme religieux au pouvoir en Iran».

« Rafsandjani, qui a toujours été le numéro deux du régime, a agi en facteur d'équilibre et joué un rôle décisif dans sa préservation. Maintenant, le régime va perdre son équilibre interne et externe », a-t-elle précisé dans un communiqué qui faisait également référence au « renversement du régime clérical ».

Maryam Radjavi a déclaré que durant les plus de 38 ans qui ont suivi la révolution iranienne, Rafsandjani « a joué un rôle majeur dans la répression en Iran et l'exportation du terrorisme à l'étranger ainsi que dans la quête de l'arme nucléaire. »

En 2006, Rafsandjani a été impliqué par des enquêteurs argentins dans l'un des attentats les plus mortels du terrorisme iranien à l'étranger - un attentat suicide en 1994 contre le centre communautaire juif de l'AMIA à Buenos Aires, où 85 personnes ont été tuées.

Les enquêteurs ont accusé l'Iran d'avoir demandé à son représentant libanais, le Hezbollah, de mener cet attentat. Ils ont lancé des mandats d'arrêt contre Rafsandjani, sept autres Iraniens de haut niveau et un chef libanais du Hezbollah, Imad Mughniyah.

À la demande de l'Argentine, Interpol a ensuite publié des fiches rouges - l'équivalent de mandats d'arrêt - pour cinq des Iraniens et Mughniyah. En revanche, Interpol a refusé de publier des fiches rouges pour Rafsandjani et deux autres - l'ancien ministre des Affaires étrangères Ali Akbar Velayati et l'ambassadeur iranien en Argentine au moment de l’attentat, Hadi Soleimanpour. Ils restent recherchés par l'Argentine.

(Les autres accusés sont l’ancien chef des gardiens de la révolution Mohsen Rezaï, l'ancien chef du renseignement Ali Fallahijan, le commandant d'une unité d'opérations spéciales de la Force Qods des pasdaran Ahmad Vahidi, et deux responsables basés à l'ambassade d'Iran de Buenos Aires, Mohsen Rabbani et Ahmad Reza Asghari. Mughniyah a été tué dans un attentat à la bombe à Damas en 2008. Tous les Iraniens sont restés en liberté.)

L'Iran a nié les allégations de l'Argentine et certains des impliqués en ont fait porter les responsabilités aux "sionistes".

Rafsandjani a également été accusé d'avoir ordonné sous sa présidence des assassinats d'éminents opposants à l'étranger, comme l'assassinat en 1992 de quatre dissidents kurdes iraniens au restaurant berlinois Mykonos.

Un tribunal allemand a statué en 1996 que le régime iranien sous Rafsandjani était directement responsable des meurtres du Mykonos, une constatation que le Département d'Etat américain a brandi à l'époque comme une preuve supplémentaire que l'Iran était un État terroriste.

Un rapport ultérieur du Centre de documentation sur les droits humains en Iran, basé aux États-Unis, a déclaré que les meurtres du Mykonos avaient été « conçus pour intimider et perturber les activités des opposants politiques au régime ».

Parmi les autres dissidents iraniens tués dans des circonstances similaires sous la présidence de Rafsandjani figurent Kazem Radjavi du CNRI, un ancien ambassadeur iranien aux Nations Unies et beau-frère de Maryam Radjavi - abattu près de Genève en 1990. Les enquêteurs suisses en ont fait porter la responsabilité au régime iranien et les autorités ont émis un mandat d'arrêt contre Fallahian, le ministre du Renseignement de Rafsandjani. 

D'autres assassinats reprochés au gouvernement Rafsandjani incluent ceux du représentant du CNRI à Rome, Mohammad Hussein Naghdi, tué par balle dans une rue de la capitale italienne en mars 1993, et Zahra Rajabi, représentante du CNRI pour les questions de réfugiés, tuée avec un collègue du CNRI dans un appartement d'Istanbul en février 1996. 

Le gouvernement américain a commencé par désigner l'Iran comme un État-sponsor du terrorisme en 1984 et continue à le qualifier de principal parrain du terrorisme dans le monde.