The National, 23 janvier 2017 - La révolution en Iran en 1979 a donné naissance au Corps des gardiens de la révolution (pasdaran) et, une décennie plus tard, Ali Khamenei a donné un pouvoir considérable aux pasdaran une fois devenu le deuxième guide suprême du pays en 1989, tout en court-circuitant d'autres puissants religieux.

Les pasdaran avaient encore des obstacles les empêchant d'étendre leur influence, mais de récents événements laissent entendre que ces obstacles sont en passe d'être levés. Cela permettra aux militaires iraniens d'être les principaux décideurs dans l'élaboration de la politique de l'Iran.

Tout d'abord, de nombreuses figures influentes, qui ont joué un rôle politique considérable et ont contrebalancé le pouvoir croissant des pasdaran, ne jouent plus de rôle crucial. Un bon exemple est celui de feu Ali Akbar Rafsandjani, l'un des pères fondateurs du régime iranien. Bien qu'il ait été écarté par Khamenei vers la fin de sa vie - il est décédé ce mois-ci - il jouissait encore d'une légitimité politique considérable qui créait des défis aux pasdaranaux et à d'autres.

En tant que membre de l'Assemblée des experts, qui a le pouvoir de superviser, d'élire ou de déstituer le guide suprême, Rafsandjani avait un pouvoir significatif. Depuis sa mort, les pasdaran sont beaucoup plus forts.

Cela suggère que le prochain guide suprême sera probablement un pion des pasdaran. Et, si les pasdaran contrôlent le prochain guide suprême, il gouvernera sans équivoque l'establishment politique iranien.

Alors que l'accord nucléaire reste en vigueur, la légitimité du gouvernement iranien se développe dans le monde également. Plus de légitimité mondiale signifie moins de contrôle de la part de la communauté internationale sur la façon dont les pasdaran traite l'opposition interne.

Les pasdaran ont réussi à réprimer l'opposition nationale, y compris les partisans et les dirigeants du Mouvement Vert, ou les minorités religieuses et ethniques comme les Kurdes, les Sunnites et les Arabes.

De plus, ces évolutions ont amené d'autres factions politiques, comme les modérés, à conclure qu'elles ont besoin de la bénédiction des pasdaran pour survivre politiquement.

Deuxièmement, à mesure que la réintégration de Téhéran dans le système financier mondial s'intensifie, de plus en plus de pays s'engagent à négocier avec l'Iran et à investir dans ses marchés.

Les principaux bénéficiaires de l'augmentation des revenus sont les pasdaran et le bureau du guide suprême. Les recettes supplémentaires ont été principalement détournées vers la modernisation des capacités militaires des pasdaran.

Plus récemment, les députés iraniens ont voté pour augmenter le budget militaire malgré un taux de chômage élevé.

Selon Reuters: «Les parlementaires iraniens ont approuvé des plans visant à augmenter les dépenses militaires à 5 pour cent du budget, y compris le développement du programme de missiles de longue portée du pays que le président élu des États-Unis Donald Trump a promis d'arrêter. Le vote est un coup de pouce à l'appareil militaire iranien - l'armée régulière, le corps d'élite des pasdaran et le ministère de la Défense.

Le vote du parlement indique que les factions politiques iraniennes dans l'ensemble de l'éventail politique ont plus de difficulté à contester l'influence des pasdaran.

Troisièmement, toute forme de stabilité régionale constitue un obstacle à l'objectif des pasdaran d'étendre leur influence hors d'Iran. En fait, c'est par des conflits intérieurs que les pasdaran ont élargi leur mainmise en pénétrant dans d'autres pays comme le Liban et l'Irak et en y donnant naissance à plusieurs groupes chiites affiliés. À long terme, ces groupes vont augmenter l'influence politique et idéologique de l'Iran.

Plus il y a de tensions et de conflits, plus le rôle militariste des pasdaran s'accroît dans la région pour atteindre ses ambitions régionales. Cela a mené à une série vicieuse de conflits accrus.

Plus que jamais, les pasdaran ont été capable d'exploiter la montée des groupes extrémistes sunnites comme Daech non seulement pour justifier son aventurisme militaire dans la région, mais aussi pour accroître sa légitimité mondiale en arguant qu'il combat l'extrémisme en entrant dans ces territoires. Les puissances occidentales, qui n'ont pas de programme particulier pour lutter contre Daech, ont laissé une certaine marge de manœuvre aux pasdaran.

Enfin, les pouvoirs régionaux ou mondiaux ont hésité à réagir de manière appropriée au rôle croissant des militaires iraniens dans la région. Certaines puissances mondiales et régionales ont décidé de fermer les yeux sur la nécessité de contrebalancer les pasdaran pour des raisons économiques ou géopolitiques. Les pasdaran ont également pratiqué avec succès des tactiques dures en menaçant certains pays de prendre des mesures.

L'Iran a été fondé comme une théocratie, mais il devient de plus en plus un État militaire alors que les pasdaran poursuivent leurs ambitions régionales en exploitant les principes qui sont au cœur de la légitimité du régime iranien.

Nous sommes plus susceptibles de constater l'influence et la domination croissantes des pasdaran sur le plan national et régional, car plusieurs obstacles majeurs ont été levés contre les forces armées iraniennes.

L'enfant que la révolution iranienne a enfanté (le corps des pasdaran) est en passe d'en devenir le père. Cette tendance peut être inversée si et seulement si les puissances mondiales ou une coalition de nations régionales résistent vigoureusement à l'influence croissante des pasdaran et à leur aventurisme militaire dans la région.

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Le Dr Majid Rafizadeh est un politologue irano-américain, chercheur de l'Université Harvard et président du Conseil international américain