commentarymagazine - La Force Qods est l'unité d'élite du Corps des pasdaran, chargée d'exporter la révolution iranienne. Concrètement, cela signifie de parrainer le terrorisme dans le monde et de soutenir les groupes d'insurrection et de mercenaires en Irak, au Liban, au Yémen, en Afghanistan et au Bahreïn.

En temps normal, le chef d'un tel groupe voudrait opérer dans l'ombre et éviterait soigneusement les projecteurs. Ce n'est pas le cas avec Qassem Soleimani, un homme qui s'est laissé photographier avec la fréquence d'une starlette d'Hollywood. Les dirigeants arabes régionaux craignent que Soleimani ne se prépare à la campagne présidentielle, pour devenir président (probablement en 2021 après quatre années de plus de Hassan Rohani) alors que le pendule politique iranien revient à son calendrier en faveur de l'appareil de sécurité.

Peut-être l'erreur fatale de l'administration Obama - tant pendant le mandat de la secrétaire d'État Hillary Clinton que sous son successeur John Kerry - a été la conviction que la concurrence politique significative en Iran ne se produisait que dans la sphère politique formelle - le parlement, la présidence et le Bureau du Guide suprême. En réalité, le Corps des pasdaran et, plus particulièrement, la Force Qods exercent également un pouvoir politique important.

De peur que quelqu'un l'oublie à l'intérieur de l'Iran, au début de ce mois Soleimani a commencé à s'exprimer sur l'organisation de l'administration iranienne. Selon l'agence de presse Mehr, le dirigeant de la Force Qods a soutenu que le "système actuel de structure administrative" de l'Iran n'était pas propice à l'Iran et, plus précisément, à son "économie de résistance" pleinement exploitée.

Que Soleimani parle sur ces questions et que la presse iranienne contrôlée par l'Etat couvre également son discours suggère que l'importance de Soleimani et de la force Qods vont bien au-delà du domaine militaire. Il n'est pas simplment une opinon aléatoire qui ne vaut pas la peine d'être couverte.

À l'intérieur de l'Iran, cela signifie que Soleimani continue d'être une force montante. En dehors de l'Iran, le message devrait être clair: tout diplomate - à Washington, à Bruxelles ou ailleurs - qui croit pouvoir conclure des accords efficaces avec des diplomates iraniens tout en ignorant la force Qods et les leviers de pouvoir qu'elle contrôle, ignore profondément la façon dont le régime iranien opère. Les politiciens ordinaires et les auttorités guvernementales ne dominent pas les gardiens de la révolution, les pasdaran. Ce serait plutôt le contraire.

Hélas, cela ne signifie rien de bon pour la diplomatie actuelle, peu importe ce qu'a dit Ben Rhodes, l'agent politique que le président Obama a placé au conseil de sécurité nationale : Les pasdaran non seulement contrôle le terrorisme parrainé par l'Iran, mais aussi la plupart des aspects du programme nucléaire iranien. Négocier un accord avec le ministère iranien des Affaires étrangères et faire confiance aux gardiens de la révolution, est tout aussi efficace qu'un diplomate étranger négociant un accord nucléaire avec le conseil municipal de Washington en espérant que le Pentagone suivra.