Iran Manif - Golrokh Iraee, prisonnière politique incarcérée à Evine dans la capitale iranienne, fait le tableau de la situation politique en Iran et explique pourquoi elle compte boycotter l'élection présidentielle du 19 mai.

"Plus de 4 décennies se sont écoulées depuis la prise du pouvoir par le gouvernement islamiste. Au terme du mandat présidentiel de Rafsandjani, la politique étrangère s’est retrouvée au pire niveau et pour sauver le système de l’effondrement, la seule solution a été l’émergence de “Khatami” et de son slogan “le dialogue des civilisations”. Khatami est arrivé avec des réformes sans aucun programme pour réformer. 

La question principale a toujours été qu’est-ce qu’il voulait réformer et par quelle méthode ! Le carnaval des élections et la pensée de réformes a échauffé la société et les réformistes sont sortis victorieux.  Un an après l’arrivée de Khatami au pouvoir, nous avons été témoins des évènements de l’attaque de la résidence universitaire de Téhéran. Beaucoup d’étudiants ont été abattus, incarcérés et certains ont été contraints à quitter le pays. D’autres ont disparu, sans laisser aucune trace. 

Un autre acquis de la présidence de huit ans des réformistes ont été les assassinats en série d’écrivains, d’intellectuels et de politiciens du pays odieusement assassinés. 

La comparaison entre la période des réformes et les précédents nous amène à conclure qu’aucun changement n’a été appliqué dans la politique générale du pays. 

Si les prédécesseurs se sont fait connaitre avec la révolution culturelle, les massacres des années 80 et les exécutions de masse de 1988, les réformes de Khatami elles, nous légué la répression des étudiants et des intellectuels du pays. 

Les huit années de Khatami s’achève avec l’apparition d’un phénomène appelé Ahmadinejad. 

Lors de la présidentielle d’Ahmadinejad, la tragédie des protestations de 2009 s’est produite en raison du conflit entre les réformistes et les fondamentalistes. Et une fois de plus les victimes de ce duel n’a été que les Iraniens. 

Les mêmes qui en 1999 ont rassemblé les étudiants dans les rues, ont cette fois mis la société en ébullition. Malgré la présence remarquable de la foule, aussitôt la radicalisation des slogans et la clarté des exigences populaires, les dirigeants ont tourné le dos, abandonnant le peuple avec de lourdes peines et des exécutions. 

Sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, la cause de toutes les misères et problèmes au sein de la société était la personne même du président et le pouvoir exécutif. Et maintenant avec la prise du pouvoir par Rohani, ils veulent innocenter le gouvernement !

Au fait, quel est la différence entre ces deux catégories qui essaient de se faire accepter comme deux partis populaires ?

N’est-il pas vrai que durant toutes ces années nous n’avons été témoins que d’arrestations, de lourdes peines non prouvées, de procès arbitraires de quelques minutes, d’exécutions, de corruption, de pauvreté, de prostitution, d’abus d’enfants, de viols, d’incendies dans les écoles, et des promesses vides sans fin des responsables de l’Etat … ?!....

….. Lequel de ces gouvernements a mis fin aux arrestations, aux humiliations et aux exécutions, pour qu’il demande aujourd'hui la liberté, la sécurité et la paix….

…. Aujourd’hui 6 candidats ont passé les filtres du conseil des gardiens. Une révision de la biographie de chacun d’entre eux éclaircira leur passé depuis 1980, dans les moments sensibles de l’histoire du pays, à savoir quel siège ils occupaient et dans quel sang ils avaient plongé les mains. 

…. Nous saurions alors pourquoi ils ont invalidé les partis politiques et décapiter l’idéologie et qu’ils jouent à la concurrence sous un drapeau unique, un seul vote et un seul but. 

Nous ne sommes pas contraints de choisir entre « le mauvais » et « le pire ». Nous espérons qu’un jour dans notre pays, des partis élus avec différents idéaux et croyances se présenteront aux élections. D’ici-là, en raison d’absence de climat politique ouvert, en raison de candidats sélectionnés, de l’empêchement fait aux partis de se présenter, etc … je m’abstiens de participer à de ces élections qui non seulement ne représentent aucunement une épopée, mais sont plutôt une mise en scène despotique. Et nous rassemblerons activement tous nos efforts pour créer un climat ouvert pour l’activité libre de tous les partis dans un Iran libre et libéré du joug du despotisme. 

Iraee, section des femmes de la prison d’Evine - Mai 2017”