Iran Manif - Ce 19 mai, la théocratie en Iran qui récuse toute démocratie n'en est pas à un paradoxe près. Elle appelle aujourd'hui la population aux urnes. Les candidats seront ceux du guide suprême pas ceux du peuple. L’opposition est interdite en Iran. 

Ainsi la campagne que mènent les Iraniens est-elle à l'opposé de celle du pouvoir et les mollahs en ont peur. Ils gardent en mémoire le grand cataclysme de 2009 où les Iraniens avaient été à deux doigts de les balayer.

Pour preuve, le dispositif impressionnant des forces de sécurité déployé pour montrer ses muscles. Essaim d'agents en civil, hordes de pasdaran, meutes de miliciens dans les grandes artères des villes principales, Téhéran, Chiraz, Tabriz, Ispahan; autant de villes au beau passé de rébellion. La veine jugulaire de la révolte, Internet, est sous garrot et son flux réduit au minimum ou bien carrément coupé.

Rodés à la répression, les jeunes en Iran savent aussi la contourner et reprendre la rue, à grand risques certes.  Ainsi à Qom, Tabriz et Ispahan dans la nuit du 17 au 18 mai, la jeunesse s'est rassemblée contre la farce électorale chargée de donner une couche de vernis de normalité à la tyrannie intégriste. Raïssi, le candidat du guide suprême y a gagné ses galons de "meurtrier de 1988" pour son rôle dans le massacre cette-année-là de 30.000 prisonniers politiques. Mais Rohani, le président sortant n’a pasété épargné : chômage et 3000 exécutions à son actif.

Téhéran à son habitude, a brillé. A l'intersection Vali-Asr-Taleghani et sur la place Tajrich les slogans de la révolte de 2009 ont retenti : "ni Gaza, ni Liban, je donne ma vie pour l'Iran", en référence aux guerres et aux dépenses astronomiques du pouvoir iranien pour ses milices et ses alliés au Moyen-Orient.

"N’ayez pas peur, n’ayez pas peur, nous sommes tous ensemble", a été repris lorsque les forces de sécurité ont chargé. Les coups ont plu – des deux côtés – et les arrestations ont été nombreuses. Nul ne sait où les jeunes arrêtés ont été emmenés.

Sur la place Enghelab et dans le quartier Naghch-e-Jahan de la capitale, les slogans couvraient le bruit des voitures : "Libérez les prisonniers politiques", "A bas la police!", "Raïssi meurtrier!". Les agents ont répondu par des tirs de gaz lacrymogènes et de nouvelles arrestations. 

Mais c'est sur les réseaux sociaux que la campagne de la jeunesse a flambé, reprenant l'appel au boycott lancé par la résistance et l'appel à un changement de régime.

Dans l'Iran des mollahs, seuls les choix de la dictature sont autorisés. Ce n'est pas à l'évidence le choix du peuple.