The Washington Post, 16 mai - par Seth M. Siegel - Le 19 mai, l'Iran va aux urnes pour sélectionner un nouveau président. Jusqu'à présent, la campagne a été dominée par l'économie. Le chômage est élevé et le prix du pétrole est bas. La levée des sanctions suite à l'accord nucléaire de Téhéran avec l'Occident n'a pas encore généré de bénéfices. Pourtant, l'effet des sanctions – que le prochain président soit radical ou modéré - est secondaire à la plus grande menace à long terme pour la stabilité de l'Iran.

En raison de la mauvaise gestion de l'eau et de son impact ruineux sur le pays, l'Iran fait face au pire avenir dans le domaine de l'eau de toutes les nations industrialisées. Après la chute du chah en 1979, la politique de l'eau a été victime d'une mauvaise gouvernance et de la corruption, mettant le pays sur ce qui peut être un chemin irréversible vers une catastrophe et des troubles de l'environnement, n’ayant aucun rapport avec les sanctions ou aux années de guerre avec les voisins.

Dès 1987, alors que la guerre avec l'Irak prenait fin, la force militaire spéciale du régime iranien – les gardiens de la révolution (pasdaran) - ont reçu un avantage particulier. Parmi les diverses mainmises sur l'économie de l’Iran, les entreprises des pasdaran, comme Khatam al-Anbia, son bras dans les travaux de construction, ont reçu le contrôle des grands projets de génie civil dans tout le pays.

Imprudemment, ces entreprises ont commencé à endommager les grands fleuves, en changeant les cours d'eau historiques de l'Iran. Elles ont fait cela pour donne la préférence à de puissants propriétaires terriens et favoriser des communautés ethniques tout en transférant des milliards du trésor public sur comptes de dirigeants des pasdaran. Au total, depuis la révolution de 1979, plus de 600 projets de barrages ont été achevés, contre 13 barrages construits en Iran avant la chute du chah.

Tandis que les pasdaran devenaient plus riches et plus puissants, cette force militaire qui exerce aujourd'hui une influence sur la Syrie, le Yémen et ailleurs, faisaient taire les agriculteurs et les écologistes qui protestaient contre les détournements de rivières, en les qualifiant de contre-révolutionnaires, un crime punissable d’une lourde peine de prison. Les mains actionnant les leviers du pouvoir et les poches de ses dirigeants remplies par l’argent public pour ces projets, personne n'a été capable de stopper ces entreprises.

Parallèlement, le gouvernement avait besoin que les agriculteurs cultivent de la nourriture - et n'avait pratiquement aucun intérêt à les transformer en ennemis de l'État. Le régime a fermé l'œil lorsque les producteurs ont foré des puits sans contrôle ni préoccupations sur la durabilité, prélevant toutes les eaux souterraines qu'ils voulaient. Avec un carburant largement subventionné en Iran, les agriculteurs ont allumé leurs pompes diesel, les laissant souvent en marche, même lorsque les champs n'avaient pas besoin d'irrigation.

Au bout de quelques années de ces abus environnementaux de barrages sur les rivières et les eaux souterraines surexploitées, les nappes phréatiques ont commencé à sécher et les lacs à réduire. Un des immenses lacs d’Iran, le lac d’Oroumieh avec jusqu'à récemment une étendue de 2 000 mètres carrés, s’est réduit de 90% entre 1985 et 2015, créant des problèmes environnementaux en cascade dans la région. D'autres ressources en eau de surface ont connu une réduction et des conséquences écologiques similaires.

Avec les terres agricoles ruinées, le sol cultivable emporté par le vent et l'eau insuffisante pour le bétail, des millions d'agriculteurs et d'éleveurs ont quitté la campagne pour vivre dans des conditions lugubres dans les villes en expansion en Iran. Pendant ce temps, les déserts ont également augmenté et les dommages environnementaux continuent dans le pays. 

Tout cela a conduit l'ancien ministre iranien de l'Agriculture, Issa Kalantari, à publier un rapport en 2015 indiquant qu'en moins de 25 ans, environ 50 millions d'Iraniens - la population actuelle de l'Iran est d’environ 83 millions d’habitants - devront être déplacés.

De toutes les injustices et misères que la révolution islamiste a infligées au peuple iranien - des violations des droits humains à la corruption à grande échelle et à la destruction de l'environnement naturel de l'Iran – faire de 60 % des citoyens des réfugiés intérieurs sera la plus cruelle de toutes. 

Ironiquement, le régime semble penser que la solution de la crise actuelle de l'eau peut être trouvée dans davantage de projets d'ingénierie similaires basés sur la corruption. Plus de projets d'eau des pasdaran et financés par le gouvernement se préparent pour détourner d'autres rivières.

Les agriculteurs en Iran sont en tête dans le monde dans l'utilisation inefficace de l'eau. Environ 90 pour cent de l'eau douce de l'Iran est utilisé pour l'agriculture. En revanche, les États-Unis utilisent environ 70 pour cent, plus près de la norme mondiale. Les agriculteurs iraniens peuvent être aussi efficaces que les agriculteurs d’ailleurs s'ils adoptent et suivent de meilleures rotations de cultures, des incitations à économiser de l'eau, la réutilisation des eaux usées hautement traitées pour l'irrigation et l'utilisation de l'irrigation goutte à goutte afin d'éliminer la perte d'eau à l'évaporation, entre autres techniques. Mais d'abord, le régime iranien, qui contrôle étroitement la vie politique de la nation, devra exiger que les agriculteurs renoncent à ce qu'ils considèrent droit et que le régime exploite à des fins politiques : Toute l'eau libre ou bon marché qu'un agriculteur pourrait vouloir.

Tôt ou tard, la musique s'arrêtera. Mère nature ne pardonne que jusqu'à un certain point. Une fois que les nappes phréatiques seront à sec et commenceront à s'affaisser, il n'y aura pas de projet de génie civil - corrompu ou autre - qui pourra les sauver. L'élection présidentielle n’y changera rien. La conservation des pasdaran et la réaffectation de l'eau du pays n’est, comme beaucoup d'autres choses, pas dans les mains du président iranien. Le guide suprême devra assumer un système créé sous sa moins que suprême direction.