La Libre.be (Belgique) - 14 juillet - Une opinion du professeur Raymond Tanter et du préfet honoraire Yves Bonnet*

Le président Donald Trump rencontre son homologue français Emmanuel Macron, à Paris. Les deux hommes se sont déjà rencontrés à deux reprises, échangeant une poignée de mains à Bruxelles et posant côte à côte à Hambourg pour une photo de groupe. Leur prochaine rencontre à l'occasion de la fête nationale française leur offre l'opportunité d'entrer dans le détail de leur coopération bilatérale et de dégager un consensus sur les futures politiques occidentales vis-à-vis du Moyen-Orient.

MM. Trump et Macron ont un terrain d'entente à partir duquel, ils peuvent construire une approche commune. Ils ont été comparés l'un à l'autre pour leur passé dans les affaires; bien qu'ils soient axés sur le développement économique et d'autres améliorations dans leur pays d'origine, Aucun d'entre eux ne s'est déclaré prêt à fermer les yeux sur des problèmes vraiment urgents à travers le monde. À la suite de leur réunion initiale à Bruxelles, M. Macron s'est engagé à faire participer des avions de combat français aux frappes aériennes américains en Syrie, si le régime d'Assad commet d'autres attaques à l’arme chimique.

Le mois dernier, la Maison Blanche a mis en garde Bachar el Assad contre de telles attaques, citant des renseignements selon lesquels l'armée syrienne semblait se préparer à un autre bombardement chimique à partir de la même base aérienne utilisée pour lancer une attaque précédente en avril, qui aurait été effectuée avec du gaz sarin.

M. Macron est aussi du bon côté des choses. En promettant de répondre à de tels crimes, il reste fidèle à l'identité de la France en tant que grande puissance et défenseur mondial des droits et de la dignité de l'Homme. Mais la situation en Syrie et dans la région environnante exige plus qu'une réponse militaire à des violations flagrantes des droits humains. Il faut une stratégie globale pour éradiquer les causes de ces abus. Voici comment Macron et Trump pourront développer leurs points communs à Paris vendredi.

Les crimes du régime de Bachar el Assad auraient cessé depuis plusieurs années si le régime n'avait pas été soutenu par l'Iran puis par la Russie. De plus, Téhéran a contribué de manière substantielle à l'escalade de ces crimes, et ajouté à la liste des atrocités en favorisant les groupes terroristes chiites dans le cadre des forces combattantes pro-Assad. Beaucoup de ces groupes ont commis des violations des droits de l'Homme contre les populations sunnites, comparables à celles commises par Daech contre les chiites. Et contrairement à Daech, Les milices semblent être prêtes à rester en Syrie à long terme.

Si M. Macron souhaite que la France ait l'influence qu'elle mérite en tant que grande puissance, il doit être prêt à affronter directement la République islamique d'Iran. Et il doit positionner la France pour inciter l'Europe à faire de même. Cela ne veut pas dire que tout pouvoir occidental devrait se risquer à une nouvelle guerre au Moyen-Orient, et ce n'est certainement pas ce que Trump a préconisé. Il a toutefois intensifié les sanctions contre le régime iranien en raison de son programme de missiles balistiques et de son soutien au terrorisme. La réunion de cette semaine est une opportunité significative pour les deux présidents d'encourager de nouveaux engagements en matière de sanctions et de pression diplomatique, par exemple, la diplomatie coercitive. M. Macron a une responsabilité unique dans ce domaine, car la France est l'un des principaux interlocuteurs européens de Téhéran.

L’on doit affronter l’Iran en exposant sa vulnérabilité et en l’évinçant de ses zones d'influence étrangère. Les sanctions économiques contre la République islamique devraient servir également à un autre but, à savoir l'encouragement des forces d’opposition à l’intérieur du pays qui pourraient faciliter le transfert du pouvoir des mains du régime du clergé aux mains des représentants démocratiquement élus du peuple iranien.

Il est à noter que la rencontre Trump-Macron a lieu deux semaines après un évènement à Paris autour du Conseil national de la Résistance de l'Iran (CNRI), auquel ont participé quelque 100 000 expatriés iraniens. Nous avons assisté à ce rassemblement pour effectuer des entretiens. Nous avons entendu Maryam Radjavi, la présidente du CNRI, souligner que le régime iranien est beaucoup plus vulnérable que ce qui est généralement reconnu en raison de l’extension débridées de sa mainmise à travers le Moyen-Orient élargi, ainsi que des centaines de manifestations à peine signalées qui se déroulent quotidiennement à travers le pays. La nécessité d'affronter la conduite néfaste de Téhéran à l’intérieur et à l'étranger a été reprise et soulignée par des dizaines de personnalités venus des Etats-Unis, d'Europe et du Moyen-Orient.

Dans ces conditions, les sanctions appliquées sur le plan international à la République islamique, pourraient être l’élément qui finirait par fournir les conditions de changement du régime en Iran et l'amélioration ultérieure des perspectives de la Syrie et de la région dans son ensemble. Si les pourparlers des deux chef d’Etat se passent bien MM. Trump et Macron seraient les premiers crédités de la mise en place de cette transformation des évènements qui feraient évoluer le cours de l'Histoire vers la justice universelle.


*Professeur Raymond Tanter @AmericanCHR a été un membre principal du Conseil national de sécurité de la Maison Blanche et représentant personnel aux pourparlers de sécurité à Helsinki, Madrid, Stockholm et Vienne sous l'administration Reagan-Bush. Il est actuellement professeur émérite à l’Université du Michigan.

*Le Préfet honoraire Yves Bonnet a été directeur de la DST, ancien député il est actuellement le Président du Centre international de recherches et d'études sur le terrorisme et l'aide aux victimes du terrorisme