Al Arabiya, 16 octobre 2017 -  Le président américain Donald Trump n’a pas certifié l'accord nucléaire iranien vendredi et a renvoyé l'affaire devant le Congrès. Il reste à voir quelles mesures attendent Téhéran, particulièrement si l’on prend en considération le conflit très intense qui nous a menés là où nous sommes aujourd'hui.

Ce qui est certain, cependant, c'est que cela marque un changement majeur dans la politique américaine vis-à-vis de l'Iran, avec un impact sur la poudrière du Moyen-Orient.

Depuis la présidence de Dwight D. Eisenhower dans les années 1950 et depuis que le coup d’Etat de 1953 soutenu par la CIA contre le gouvernement démocratiquement élu du Premier ministre Mohammad Mossadegh, la politique de Washington a directement ou indirectement soutenu les régimes au pouvoir en Iran s’opposant aux meilleurs intérêts du peuple iranien.

Trump, cependant, a pour la deuxième fois en moins d'un mois déclaré sa solidarité avec le peuple iranien. Pour Trump, l'Iran a violé l'esprit-même de l'accord, officiellement connu sous le nom de Plan d'action global commun (JCPOA), et l’intégralité de l'accord est contraire aux intérêts de la sécurité nationale américaine.

Le monde arabe a réagi positivement, l'Arabie Saoudite, l'Egypte, les Emirats Arabes Unis et le Bahreïn se sont empressés de soutenir la décision américaine.

Ceci est en accord avec la conférence d'avril à Riyad où Trump a appelé le monde musulman à reconnaître la menace de l'ingérence de l'Iran dans leur pays et à prendre les mesures nécessaires. Compte tenu de l'importance du Moyen-Orient pour l'Iran, il est certain que Téhéran reçoit ces messages cinq sur cinq.

LA VOIX DE L’OPPOSITION

L'opposition iranienne, le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), connu pour sa crédibilité après avoir dénoncé les ambitions nucléaires de Téhéran en 2002, a également salué le changement de politique stratégique de Donald Trump.

La nouvelle politique américaine condamnant les violations flagrantes des droits humains en Iran, « privant le régime iranien et en particulier les Pasdarans de financement pour leurs activités néfastes » et s’opposant « aux activités des Pasdarans qui pillent les richesses du peuple iranien », est particulièrement nécessaire, selon Maryam Radjavi, la présidente élue du CNRI.

En reconnaissant que sous le guide suprême iranien Ali Khamenei, le régime « opprime son peuple, viole ses droits » et « exporte la violence, déstabilise ses voisins et parraine le terrorisme à l'étranger », Trump reconnait l’illégitimité du régime iranien, a-t-elle ajouté.

L'administration Trump a opéré une transformation stratégique de grande ampleur, mettant fin à des années de complaisance et de rapprochement qui ont fourni à Téhéran des concessions injustifiées. Cela comprend l’inscription sur la liste terroriste en 1997 de l'Organisation des Moudjahidine du peuple d'Iran (OMPI) sur l’ordre du régime iranien. Après une bataille juridique de quinze années, l'OMPI a obtenu avec succès une décision du tribunal fédéral américain ordonnant au gouvernement Obama de mettre fin à cette inscription injuste.

POUR LE MOINS, PEU DIPLOMATIQUE

Les lobbies de l’Iran et les partisans de la complaisance ont tout mis en œuvre pour empêcher l'Administration Trump d'adopter des mesures sévères contre Téhéran.

Pour qualifier le coup dévastateur subi par le régime dans son ensemble, le président iranien Hassan Rohani, a recouru à des propos absolument peu orthodoxes et peu diplomatiques pour un président.

« Le discours de Trump n’était rien de plus que du langage vulgaire, des allégations et de fausses remarques », a déclaré Rohani dans une réponse peu orthodoxe. « Trump ne sait apparemment pas que le JCPOA n'est pas un document bilatéral pour agir comme il le veut », a-t-il ajouté. « ... Les pasdarans ne sont pas seulement une unité militaire, les gardiens de la révolution sont dans le cœur du peuple [iranien] », a-t-il dit dans un discours lors d'une réunion du gouvernement, mettant fin à toute notion de « modéré » ou de « réformateur ».

C’est une indication supplémentaire de la façon dont Téhéran a désespérément besoin de garder intact l’accord nucléaire et à quel point les déclarations de Trump sur son pouvoir de sortir unilatéralement de l'accord ont ébranlé les hauts responsables iraniens.

CONTRIBUTION TECHNIQUE

Trump a ordonné au département du Trésor de « sanctionner pleinement » les pasdarans pour leur soutien au terrorisme. Il peut y avoir un débat sur la signification exacte de cette mesure. Est-ce que cela place les pasdaran sous sanctions ? Cette entité est-elle maintenant considérée comme une organisation terroriste ? Quelle est la signification de « désigner » une entité comme organisation terroriste ?

Aux États-Unis, il existe une loi et un décret concernant le terrorisme. Toutes les organisations désignées comme terroristes sont inscrites sur la liste noire en vertu de cette loi et / ou du décret.

La loi a été adoptée par le Congrès en 1996, sur la base de laquelle le Département d'État, en coordination avec le Département du Trésor, est autorisé à désigner des organisations étrangères comme des entités terroristes, également connues sous le nom d'Organisations Terroristes Etrangères (FTO, Foreign Terrorist Organizations).

En 2001, à la suite des attentats du 11 septembre, l'ancien président américain George Bush a promulgué le décret 13224, conférant à l'État fédéral et au département du Trésor l’autorité nécessaire d’accélérer le processus de désignation, de sanction et de restriction de ces organisations en tant qu’ « organisations terroristes étrangères », ou « terroriste mondial ». L'autorité conférée dans un ordre exécutif présidentiel est égale à celle d'une loi du Congrès.

Vendredi, Trump a ordonné au département du Trésor de désigner et de sanctionner entièrement le corps des pasdaran iraniens dans son intégralité, sur la base de l'ordonnance 13224. En règle générale, ces listes noires imposent des restrictions financières aux personnes ou entités désignées.

Il existe de légères différences entre les listes noires de l'État et du Trésor, alors que les principaux aspects sont très similaires, y compris la confiscation de tous les biens de l'individu ou de l'organisation désignée et leur placement sous l'autorité de la justice américaine. La liste FTO du Département d'Etat impose également des restrictions en matière d'immigration.

LA VOIE A SUIVRE

Le projet de loi « Corker-Cardin » supervisant le JCPOA pour Washington donne au Congrès 60 jours pour décider de la prochaine étape après l'annonce de Trump, vendredi, indiquant que l'accord nucléaire iranien est contraire aux intérêts de sécurité nationale des Etats-Unis. Trump a appelé le Congrès à intensifier cette législation pour inclure des restrictions supplémentaires.

Trump a en effet souligné que si les lacunes existantes dans l'accord ne sont pas résolues, en tant que président, il a le pouvoir de révoquer seul l'accord dans son intégralité.

Cette évolution va bien au-delà de la l’inscription des pasdaran dans la liste terroriste  et cela a un impact plus radical que la simple révocation du JCPOA. L'administration Trump a annoncé une politique complètement nouvelle.

Une fiche d’information de la Maison Blanche publiée avant le discours de Trump explique précisément dans quelle mesure une certaine politique américaine menée depuis 15 ans vis-à-vis de l'Iran et du Moyen-Orient était erronée et comment l’Administration a décidé de ne plus répéter ces erreurs.

La politique de rapprochement avec l'Iran a été très efficace et a constitué un pilier essentiel de la protection et du maintien du régime iranien au pouvoir. C'est exactement pourquoi, dès le jour où Téhéran a senti un changement de politique majeur à Washington, tous les lobbies et partisans du pouvoir iranien se sont démenés pour empêcher cette transition désormais faite.

L'Iran a eu recours à diverses menaces, même de prendre des mesures militaires contre les forces américaines dans la région, au cas où les pasdaran seraient désignés comme une organisation terroriste.

Maintenant que le corps des gardiens de la révolution tout entier est désigné comme une organisation terroriste, on entend des voix s’opposer à cette mesure et les lobbyistes iraniens tentent de minimiser cet événement, affirmant qu'il s'agit simplement de sanctions et que c’est très différent d'une désignation terroriste.

La vérité c’est qu'une politique qui a fourni un soutien crucial à Téhéran ces dernières  années assiste à des changements majeurs. Cela inquiète énormément Téhéran. Ce qui doit être compris, c'est la portée de la transition politique majeure de Trump.

Comme il l'a souligné, « dans cet effort, nous sommes totalement solidaires avec les victimes du régime iranien qui souffrent depuis longtemps : son propre peuple ».