Par Struan Stevenson - Dans la soirée du 1er février, de nombreuses villes en Iran ont à nouveau été le théâtre de manifestations antigouvernementales. Selon diverses informations, des affrontements auraient éclaté entre des jeunes et les pasdaran dans au moins 14 villes. C'est la deuxième vague de protestations nationales qui secoue l'Iran depuis le 28 décembre 2017.

Ces dernières manifestations ont montré qu'en dépit de la répression généralisée, des arrestations massives et de l'assassinat de jeunes sous la torture, la République islamique d'Iran n’a pas réussi à juguler le soulèvement. En particulier, les manifestations se sont déroulées à un moment où les forces de sécurité étaient en pleine alerte en raison des célébrations du trente-neuvième anniversaire de la révolution de 1979. Tout indique que le régime est entré dans sa phase terminale.

Trois aveux de hauts dirigeants du régime démontrent clairement cette réalité.

La première confession : la peur de subir le même sort que la dictature du chah.

Le 31 janvier, juste avant le début de la seconde vague du soulèvement, le président Hassan Rohani a averti que le régime pourrait subir le même sort que celui du chah, s'il ne parvenait pas à écouter la voix du peuple.

Rohani, considéré comme "modéré" en Occident, est largement reconnu comme l'un des responsables du port obligatoire du voile pour les femmes en 1979. Quand il était député du Majlis (parlement), le 14 juillet 1980, il a appelé à pendre en public les opposants au régime durant la prière du vendredi, afin d'avoir un effet dissuasif plus important sur la population.

En plein soulèvement étudiants le 14 juillet 1999, il a déclaré qu'insulter le guide suprême Ali Khamenei revenait à "insulter l'Iran, l'islam, les musulmans et la Constitution et tous ceux qui considèrent l'Iran comme l'utopie du monde islamique... Hier soir, un ordre strict a été donné pour réprimer sévèrement tout mouvement de ces éléments".

La seconde confession: la peur de la colère profonde du peuple contre le régime.

Effrayé par la poursuite du soulèvement populaire en Iran, le mollah Ahmad Khatami, vice-président de l'Assemblée des experts et imam du vendredi de Téhéran, a déclaré : "Ne croyez pas que le (danger du) renversement soit terminé. Non, les ennemis n'arrêteront pas de penser au renversement ne serait-ce qu'un instant. Nous devons être vigilants... Vous avez vu les émeutiers attaquer des séminaires, c'était pire que l'attaque du régime de chah sur le séminaire de 'Faizia'." 

En outre, Ghias al-Din Taha Mohammadi, à la prière du vendredi d'Hamedan il y a deux semaines, a déclaré que pendant le soulèvement: "environ 60 bureaux des imams du vendredi ont été attaqués. Dans la plupart des villes iraniennes, de nombreux crimes, vols, corruption morale et financière sont liés aux imams du vendredi et à leurs bureaux. Ce sont des représentants du guide suprême Ali Khamenei qui sont nommés par lui.

Le mollah Dorri Najaf Abadi, imam du vendredi d'Arak, lui aussi membre de la présidence de l'Assemblée des experts et ancien ministre du renseignement, a déclaré le 17 janvier au cours du soulèvement d'Arak : "J'étais chez moi et nous avons été attaqués. Dans les événements récents, l'âge des manifestants était très jeune. Même s'ils s'étaient couvert le visage, ceux qui ont attaqué notre maison avaient moins de 30 ans et même moins de 18 ans."

La troisième confession : reconnaitre le rôle de la principale opposition, l'OMPI, dans le soulèvement.

Immédiatement après le début des manifestations à Machad le 28 décembre, l'imam du vendredi de cette ville, qui est également le représentant de Khamenei, a dit : "Pourquoi êtes-vous descendus dans la rue sur un appel de l'OMPI dont le chef est une femme ?" En outre, une contre-manifestation organisée par le régime a répété un slogan : "Les partisans du Mouvement vert sont des partisans de Radjavi".

Le 2 janvier, l'ancien président "modéré" Mohammad Khatami, a parlé de "l'ennemi vengeur du peuple iranien, au sommet duquel se trouvent l'Amérique et ses agents sérieux comme l'OMPI" comme la principale source du soulèvement.

Le même jour, selon l'AFP, le président Rohani, lors d'un appel téléphonique au Président français Emmanuel Macron, lui a demandé de prendre des mesures contre l'OMPI. Il a déclaré : "Nous critiquons le fait qu'un groupe terroriste ait une base en France et agisse contre le peuple iranien... et nous attendons une action du gouvernement français contre ce groupe terroriste." Il faisait référence au groupe d'opposition iranien exilé basé à Paris, l'organisation des Moudjahidine du peuple d'Iran (OMPI). Un porte-parole de l'Elysée a répondu ensuite que tous les réfugiés politiques sont les bienvenus en France et que leur sécurité sera assurée par la France.

Le 9 janvier 2018, Khamenei, le guide suprême, a carrément désigné l'opposition iranienne majeure, "les Moudjahidine du peuple (OMPI)", comme l'un des principaux facteurs ayant agi. "Ils se sont préparés depuis des mois. Les médias de l'OMPI l'ont reconnu. Ils ont dit, récemment, qu'ils avaient été en contact avec les Américains il y a quelques mois, pour exécuter des ordres américains, organiser des émeutes, rencontrer telle ou telle personne, trouver des individus à l'intérieur du pays pour les aider d'attirer la population. Et que ce sont eux qui ont lancé cela", a admis Khamenei, tout en faisant de son mieux pour dissimuler l'appel populaire de l'OMPI en le décrivant comme faisant partie d'un "triangle d'ennemis" ayant planifié, financé et mené à bien le dernier soulèvement. 

Comme toujours, Khamenei a qualifié les États-Unis, le sionisme et l'Arabie saoudite comme des incitateurs étrangers du soulèvement. Il a déclaré que les individus arrêtés étant liés à l'OMPI seraient sévèrement punis. Il a implicitement menacé de les exécuter.

Ahmad Khatami, l'imam du vendredi de Téhéran et membre de la présidence de l'Assemblée des Experts, a déclaré le 26 janvier : "Vous avez déjoué la sédition de l'OMPI en 1996, 2009 et janvier 2016. Vous devriez déjouer les prochaines et vous pouvez le faire. Vous avez déjoué la sédition de l'OMPI, comment? Vous avez dit qu'il y avait une équipe près de chez nous. Allez les arrêter. Elles (les forces suppressives) y sont allées les arrêter et les anéantir. Partout où vous voyez de la conspiration, avertissez rapidement les autorités, c'est votre devoir."

Le 27 janvier, le général Rassoul Sanaï-Rad, commandant adjoint des pasdaran, a déclaré que "Le chef et les provocateurs des manifestations à Touyserkan sont de l'OMPI, ils sont venus d'autres villes pour ne pas être identifiés... Un certain nombre de femmes d'âge moyen ont été arrêtées ; dans les années 1980, celles qui dirigeaient les manifestations de rue de l'OMPI étaient pour la plupart des femmes, et aujourd'hui les femmes sont la principale cause de la provocation et du lancement (des manifestations). Par exemple, quatre de ces femmes ont entraîné la ville d'Ilam dans le chaos... celles qui venaient de Karadj ont été arrêtées à Kermanchah, ou celles qui venaient de Bandar Abbas ont été arrêtées à Chiraz; ce sont des gens de l'OMPI qui sont allés dans les villes de manière organisée et qui ont donné la ligne des slogans."

Ces remarques, ainsi que des centaines de déclarations ou d'interviews similaires des diverses factions, y compris des soi-disant "réformistes" ou "partisans de la ligne dure", sont révélatrices de l'inquiétude montante du régime face au rôle croissant de l'OMPI, qui a dit à juste titre qu'il n'y avait aucune perspective de changement au sein de la "République islamique" et que la seule solution était un changement de régime.

Ces trois aveux significatifs de hauts responsables iraniens, pour la première fois, simultanément et à une telle échelle, représentent clairement la phase finale de cette dictature religieuse.

Le jour de l'An 1978, le président américain Jimmy Carter était l'invité du chah d'Iran. Il a dit dans son discours lors du diner officiel que l'Iran était "un îlôt de stabilité". Le 9 janvier 1978, le premier soulèvement anti-chah a commencé à Qom, et un an plus tard, le 16 janvier 1979, le chah a été contraint de fuir l'Iran. Après quatre décennies, les États-Unis et le peuple iranien souffrent encore des conséquences des erreurs de calcul de l'Occident. Le soutien américain au chah, malgré tous les crimes qu'il avait commis, était l'une des raisons pour lesquelles les ayatollahs ont réussi à détourner la révolution anti-monarchique de 1979 et à imposer une dictature beaucoup plus brutale.

L'Amérique a enfin reconnu l'Iran comme le parrain de la terreur et de la répression au Moyen-Orient. Il est temps que l'Europe fasse de même et se rende compte qu'il n’y a pas d'avenir à soutenir la dictature fasciste qui gouverne l'Iran.

 

IRAN 
Mai 2018

 18 exécutions

(Janvier: 22 exécutions, février: 17 exécutions, mars: 12 exécutions, avril: 33 exécutions)

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En 2017 = 544 EXECUTIONS

En 2016 : 553 EXECUTIONS

En 2015 : 966 exécutions