La Tribune - Le président français Emmanuel Macron rendra visite à son homologue américain à Washington à partir du lundi 23 avril et les pourparlers pourraient avoir un impact significatif sur les politiques futures envers la République islamique d'Iran, non seulement pour la France et les États-Unis, mais aussi pour le reste de l'Europe et une grande partie du monde. Par Nader Nouri*

Afin de prendre la mesure de ce potentiel et d'arriver à des conclusions solides sur les objectifs qui devraient être soulignés au cours des pourparlers, il est important de comprendre d'abord les conditions qui prévalent avant la visite de Monsieur Macron. Celles-ci mettent en lumière la pression que l'Iran subit actuellement et, par conséquent, les moyens par lesquels cette pression peut être mise à profit par les parties concernées.

La plus évidente de ces conditions est sans doute la crise particulière qui touche l'accord nucléaire de 2015. En janvier, le Président Trump a indiqué qu'il ne renouvellerait pas les dérogations aux sanctions dans le cadre du Plan d'action global conjoint (JCPOA) lorsqu'elles arriveront à échéance le 12 mai prochain, à moins que le Congrès et les signataires européens de l'accord ne travaillent ensemble « pour corriger les lacunes terribles» dans ce document.

Monsieur Macron se rendra aux États-Unis à l'approche de la 11e heure de la date butoir fixée par son homologue. Le résultat de cette visite pourrait avoir un impact transformateur sur les négociations européennes, tout en envoyant le message que Téhéran ne peut raisonnablement pas espérer que l'accord sur le nucléaire survive jusqu'à l'été.

Si les États membres de l'UE s'opposent à l'idée de sanctions élargies contre l'Iran, c'est essentiellement par la crainte que l'Iran se retire du JCPOA et que leurs chances de conclure de nouvelles affaires soient compromises. Mais Téhéran ne peut pas se permettre de s'en retirer, surtout pas en plein milieu de la deuxième condition la plus évidente prévalant avant la visite de Monsieur Macron aux États-Unis. Au cours de ces dernières semaines, la valeur de la monnaie iranienne s'est maintenue autour de 60.000 rials pour un dollar, soit à peine plus de la moitié de sa valeur en septembre 2017. Cette chute témoigne de l'aggravation de la crise économique qui rend l'Iran particulièrement vulnérable aux sanctions nouvelles ou renouvelées.

À la lumière de cette situation, il suffit d'un peu plus de pression de la part des États-Unis et des principaux gouvernements européens, notamment celui de la France, pour convaincre la République islamique du fait qu'elle ne peut plus empêcher les occidentaux d'être de plus en plus, et à juste titre, critiques à son égard.

Même la vague menace de la réimposition des sanctions américaines a suffi à contrecarrer les immenses efforts du gouvernement théocratique pour stabiliser sa monnaie nationale. Alors que MM. Macron et Trump se préparent à se rencontrer, ils devraient examiner les effets potentiels d'une menace de sanctions multilatérales plus concrètes et la manière dont ils pourraient obtenir de la République islamique des concessions plus importantes non seulement sur ses activités nucléaires, mais aussi en ce qui concerne son programme de missiles balistiques et ses interventions en Syrie et au Yémen, ainsi que les questions plus vastes du financement du terrorisme et des violations des droits de l'homme.

La pression à laquelle le régime de Téhéran est actuellement confronté, l'empêchera, à tout le moins, d'aggraver la situation dans laquelle elle se trouve en sapant le JCPOA de sa propre initiative. La France et les États-Unis devraient s'efforcer d'expliquer clairement ce point à leurs partenaires et de souligner le fait que l'Occident risque davantage de ne rien faire que d'essayer d'obtenir un meilleur accord.

La volonté potentielle de Téhéran pour parvenir à un tel accord sera renforcée par un autre contexte moins évident, mais non moins important que la crise économique et l'échéance imminente pesant sur la JCPOA. Toute mesure que le régime iranien pourrait prendre en ce moment et qui l'aliénerait davantage de la communauté internationale ou pour faire face aux pressions économiques accrues, ne ferait qu'exacerber la colère d'une population iranienne déjà très agitée - une population qui est descendue dans la rue pour des protestations de masse dans pratiquement toutes les grandes villes du pays en décembre 2017 et janvier 2018. Elle continue de manifester occasionnellement reprenant un slogan révélateur de la perte de l'impact de la propagande officielle :

« l'ennemi est ici (en Iran), on nous fait croire que c'est l'Amérique ».

Ce soulèvement de masse a manifestement ébranlé le régime clérical, obligeant même le Guide suprême Ali Khamenei à reconnaître le rôle prépondérant joué par l'opposition en particulier l'Organisation des moudjahidines du peuple d'Iran - une organisation pro-démocratie que les autorités avaient tenté de faire passer pour insignifiant malgré le nombre important et grandissant de ses adeptes, tant parmi le peuple iranien que dans les sphères politiques internationales.

En mars, à l'occasion de la célébration du Nouvel An iranien, le Norouz, la dirigeante de l'opposition iranienne, Maryam Radjavi, a publié une déclaration dans laquelle elle appelle à ce que l'année à venir soit « une année pleine de soulèvements ». Elle a ajouté que les manifestations anti-gouvernementales se poursuivraient certainement jusqu'à ce que le système théocratique soit renversé.

L'audience immédiate pour de tels appels à l'action est, bien sûr, la population iranienne. Mais dans ces appels, il y a aussi un message implicite destiné à l'Occident. Ce message est que toute approche de la communauté internationale à l'égard du régime iranien aura un impact certain sur le peuple iranien, et vice versa.

Alors que la contestation à l'intérieur de l'Iran ne cesse de s'amplifier, il est essentiel que les puissances occidentales définissent des politiques en partant du principe qu'ils sont objectivement en mesure d'aider le peuple iranien dans sa quête de la démocratie. Et alors que Messieurs Trump et Macron évaluent les perspectives de nouvelles sanctions et d'autres actions collectives, ils devraient prendre en compte le fait que le peuple iranien prête une grande attention à ce que ces mesures aient le plus grand impact possible sur les mollahs et leurs comportements à l'intérieur de l'Iran.

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* Nader Nouri est un ancien diplomate iranien basé à Paris,
il est secrétaire général de la Fondation d'Etudes pour le Moyen-Orient (FEMO) 

 

IRAN 
Mai 2018

 16 exécutions

(Janvier: 22 exécutions, février: 17 exécutions, mars: 12 exécutions, avril: 33 exécutions)

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En 2017 = 544 EXECUTIONS

En 2016 : 553 EXECUTIONS

En 2015 : 966 exécutions