Share this post

Submit to DeliciousSubmit to DiggSubmit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to StumbleuponSubmit to TechnoratiSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn

Canal plus, la matinale de 7h51, 28 avril - On va parler ce matin de quelque chose d’un peu compliqué mais on va prendre le temps de le comprendre parce que c’est important. Un retour sur un massacre qui a eu lieu en Irak, on en a peu parlé et il en dit long pourtant sur le nouveau pouvoir qui est en place à Bagdad.

Gilles Delafon: la question est simple : est-ce que l’Irak d’aujourd’hui se met à exécuter les basses œuvres de l’Iran d’Ahmadinejad ? Les images que vous allez voir sont particulièrement difficiles. La scène se passe le 8 avril dernier, au camp d’Achraf, fief en Irak des Moudjahidine du peuple. Alors les Moudjahidine du peuple, c’est 3500 opposants iraniens au régime de Téhéran, mais qui sont basés en Irak, réfugiés donc en Irak.  C’était Saddam Hussein qui les protégeait avant l’invasion américaine. Depuis, l’armée irakienne exigeait le départ de ces opposants iraniens. Elle est rentrée dans le camp et elle va ouvrir méthodiquement  le feu, foncer avec les blindés comme vous le voyez là, sur les personnes qui étaient dans ce camp et qui étaient désarmées. Bilan : 34 morts et plus de 300 blessés. Je le rappelle c’était le 8 avril dernier. Le pouvoir irakien va parler de 3 morts. Mais très vite les Nations Unies vont rendre un rapport et confirmer les 34 morts.

Pourquoi l’affaire fait peu de bruit ? Parce que ces opposants iraniens sont les Moudjahidine du peuple, une organisation très controversée, parce qu’un petit peu extrémistes et qui a été considérée longtemps comme terroriste parce qu’elle effectuait des attentats en Iran.  Elle a été notamment considérée comme terroriste en France où elle a été poursuivie et pourchassée mais à la demande du régime de Téhéran.

Maintenant les ONG protestent, l’ONU réclame une enquête. Washington, Londres, Bruxelles ont également protesté. Pas Paris, ou en tout cas ça m’a échappé.

Certain mettent en garde maintenant sur la suite, parce qu’il y a 3500 personnes dans ce camp. 34 ont été tuées et il y en a beaucoup qui craignent ce qui peut se passer. Notamment, et c’est important, l’ancien conseiller à la sécurité du président Obama, le général James Jones, qui a été aussi le grand patron de l’OTAN, qui était à Paris hier et qui a rencontré Barbara Steck.

James Jones
On aurait dû pouvoir décourager le gouvernement de conduire une attaque comme ça. J’espère certainement que les autorités des autres pays qui ont vu cet événement tragique font beaucoup de travail pour que le premier ministre Maliki n’essaie pas de conduire une autre opération comme celle-là. C’est un problème à court terme parce que le premier ministre a dit qu’avant la fin de l’année, il veut que les gens du camp soient hors de l’Irak. Alors, il y a un problème international.

La présentatrice : Alors la question Gilles, c’est est-ce que l’Irak agit sur la demande de l’Iran ?

Gilles Delafon : Aucun  doute là-dessus. Lundi le ministre de la justice irakien était à Téhéran et il a répété que ces opposants devaient quitter l’Irak. Son homologue iranien était ravi et il l’a félicité pour l’opération menée contre ces « hypocrites ». L’élément important et ce que je voudrais souligner, qui est fondamental, c’est que depuis les dernières élections démocratiques en Irak, ce sont les alliés de Téhéran qui sont au pouvoir à Bagdad.

Pourquoi ? Le premier ministre Nouri Al-Maliki a pu accéder à son poste grâce à l’aide de factions chi’ites qui ont été soutenues par l’Iran. C’est-à-dire que normalement, la personne que vous voyez là, qui s’appelle Iyad Allaoui, avait gagné les élections. Lui c’est un laïc, pas du tout un extrémiste chi’ite. Mais il n’avait pas de quoi gouverner, pas suffisamment de poids. Donc finalement c’est Nouri Al Maliki, représentant lui d’une faction chi’ite proche de Téhéran, qui a pu constituer une coalition grâce à l’appui de Téhéran, qui a dit à ses alliés en Irak « rejoignez ce monsieur ». C’est maintenant lui qui est au pouvoir, Nouri al Maliki, celui qu’on voit sur la photo.

Eh bien Nouri Al Maliki, qu’est-ce qu’il a fait le 8 avril ? Il a payé sa dette à l’Iran, il a fait donner ses forces dans le camp des opposants iraniens : bilan 34 morts.

La conclusion de cette affaire, c’est que maintenant près de 8 ans après l’invasion américaine de l’Irak, les Etats-Unis sont arrivés à une chose, c’est d’installer un pouvoir pro-iranien à Bagdad.