Share this post

Submit to DeliciousSubmit to DiggSubmit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to StumbleuponSubmit to TechnoratiSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn

Par Bahador, habitant du camp Liberty

FreeThe7. Wordpress, 24 décembre 2013 - Il y a 26 ans, lorsque j'ai aperçu pour la première fois mon père, Mansour, je ne pensais pas qu'une rencontre aussi brève aurait un si grand impact sur mon existence. Je ne pensais pas non plus que ce serait la seule fois où je le verrais vivant. J'avais alors cinq ans, et je fixais avec anxiété le bout d'un couloir de la prison d’Evine en Iran. Une porte s'est alors ouverte et une silhouette est apparue dans l'embrasure de la porte. Nos regards se sont croisés et j'ai instinctivement su que c'était mon père. Impulsivement, j'ai couru pour lui sauter dans les bras, craignant de rater l'occasion si j'hésitais. Avant de pouvoir l'atteindre, cependant, il a été violemment tiré en arrière dans la pièce, et la porte en fer s'est refermée. Je me suis écrasé la tête la première contre la barrière métallique qui me séparait de mon père, mais je suis resté là, tout contre la porte, tentant de rester aussi proche de lui que je le pouvais. Dans mon esprit d'enfant, j'espérais qu'il pourrait m'atteindre à travers la porte de métal d'un pouce d'épaisseur et me prendre dans ses bras.

Son image, se tenant haut et fier, souriant malgré la douleur et la pression qu'il endurait, s’est à jamais gravée dans mon esprit.

Dans les années qui ont suivi, j’ai eu parfois la chance de rencontrer certains de ses codétenus, des gens qui avaient réussi à fuir la sauvagerie des prisons du régime iranien, et ils me racontaient des souvenirs de mon père. Plus j'entendais parler de lui, plus j'avais hâte de le revoir une fois encore.
Mais ce vœu ne s'est jamais réalisé. À l'été 1988, il a été exécuté avec 30 000 autres prisonniers politiques. Mon père avait été jeté en prison parce qu'il avait osé s'opposer à la dictature des mollahs en Iran et élever la voix pour la liberté et la démocratie. Il a été exécuté parce qu'il avait refusé de céder à la tyrannie des mollahs. Ils ont eu peur de rendre son corps pour qu’il soit inhumé – ils craignaient que sa tombe ne devienne un symbole de liberté et rassemble davantage de personnes pour la cause. Ils l'ont secrètement enterré dans un lieu clandestin, dans une fosse commune avec des centaines d'autres héros qui, comme lui, avaient défendu la liberté.

Si je n’ai appris qu’une chose dans ce bref échange avec mon père, c'était que la liberté est une cause qui mérite de se battre pour elle, et que l'on doit payer le prix pour l'atteindre.

Plusieurs années plus tard, je me suis retrouvé sur les pas de mon père, et j'ai rejoint le combat pour la liberté et la démocratie : je suis venu au camp d'Achraf, où des milliers d'opposants iraniens ont consacré leur existence à libérer l'Iran des griffes des mollahs.

À présent, je me retrouve dans des circonstances semblables à celles de mon père. Je suis dans une prison qui s'appelle le camp Liberty, où les habitants du camp d'Achraf ont été transférés contre leur gré. Le côté déplorable est que nous sommes ici avec l'accord et la reconnaissance des États-Unis et de l'ONU, deux parties qui avaient promis de nous protéger mais qui ne l'ont pas fait ces dernières années. Je suis sous la pression et la répression constantes du gouvernement irakien, un proche allié du régime iranien. 52 de mes plus chers amis ont été massacrés au camp d'Achraf par les forces irakiennes, et après presque quatre mois, ils n'ont toujours pas été enterrés parce que les autorités irakiennes refusent de nous restituer leurs corps. Sept autres ont été pris en otages par les forces de Maliki, incarcérés dans des prisons secrètes à Bagdad, dans des conditions exécrables.

Le président Obama est directement responsable de la sûreté et de la sécurité des otages. Pourtant, durant tout ce temps, il a gardé le silence, un silence qui pousse le gouvernement irakien à accomplir son sinistre complot et à déporter les otages en Iran, où ils seront torturés et exécutés par le même régime vicieux qui a tué mon père et des milliers d’innocent. Ce silence ouvre également la voie à d'autres attaques et massacres contre nous.
Je continuerai de me battre pour la libération des sept otages, et je continuerai d'appeler les États-Unis et l'ONU à rompre leur silence et à agir avant qu'il ne soit trop tard. Je sais que mon père et ses compagnons tombés sont fiers de moi pour être resté aux côtés de mes collègues et pour n'avoir pas cédé aux nombreux pièges et épreuves que le régime iranien et ses alliés ont mis sur mon chemin durant toutes ces années.

Et vous, vous tiendrez-vous à mes côtés ?