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Iran Manif - Saluons la mémoire d'une femme, grande par son audace et son courage, par sa sincérité et sa générosité, par l'esprit de combat qui l'a habité jusqu'au bout. Régine Deforges a été amie et soutien de la Résistance iranienne, et défenseur de la lutte que mènent les femmes au sein du mouvement des Moudjahidine du peuple d'Iran. Voici une de ses dernières interviews qu'elle leur a consacrée. 

Mémoire vive, France Info, 16 février 2014 - 

France Info : Bonjour
Régine Deforges : Bonjour

France Info : quand je vous ai demandé de choisir un événement d’actualité, un événement qui vous avait vraiment marqué, vous m’avez tout de suite parlé de l’Iran et des Moudjahidine du peuple. Alors je vais rappeler qui sont les Moudjahidine du peuple, pour ceux qui ne les connaissent pas ou qui l’auraient oublié. C’est un mouvement qui s’oppose depuis très longtemps au pouvoir islamique de Téhéran. Ils le combat depuis l’étranger, notamment en France. Pendant longtemps les Moudjahidine du peuple défendaient la lutte armée, une lutte très dure. D’ailleurs l’Europe et les Etats-Unis les considéraient comme un mouvement terroriste et ce n’est plus le cas aujourd’hui. On va en parler dans un instant. Vous les connaissez les Moudjahidine du peuple, Régine Deforges ?

Régine Deforges : Oui, oui, je les ai rencontrés à plusieurs reprises.

France Info : ça peut surprendre ce choix de votre part. Quel est votre lien avec ces Iraniens en exil.
Régine Deforges : Ecoutez ! J’ai été très touchée par leur combat, par leur courage, le fait justement qu’ils soient en exil, éloignés de leurs pays et qu’ils militent pour un Iran démocratique, avec leurs enfants souvent emprisonnés dans les camps d’Achraf ou de Liberty. Il y a une grande dignité chez ces femmes, et moi ça m’a touchée.

France Info : parmi ces femmes il y a une figure qui émerge, c’est la chef du mouvement des Moudjahidine du peuple, Maryam Radjavi. En 2003, et on va en parler, elle a d’ailleurs été emprisonnée en France pendant quelques semaines, avant d’être libérée le 3 juillet 2003. Voici le journal de 19h sur France inter ce soir-là.

(...) : bonsoir, Maryam Radjavi, la dirigeante des Moudjahidine du peuple a quitté Fleury-Mérogis. Ses partisans lui ont réservé un triomphe. Une libération qui plonge dans l’embarras la justice anti-terroriste et le gouvernement (...)

Maryam Radjavi qui sort de prison, elle est vraiment pour beaucoup d’Iraniens une héroïne !
 
Régine Deforges : ah oui, tout à fait, elle représente avec beaucoup de dignité, d’élégance et de beauté, parce qu’elle est très belle, l’idéal iranien. Les Iraniens et les Iraniennes, exilés, se retrouvent en elle. Elle est vraiment reçue dans le monde entier. Vous disiez tout à l’heure que c’était une organisation terroriste. Je vous rappelle qu’il y a deux ans, les Etats-Unis ont retiré ce mouvement de la liste des mouvements terroristes.

France Info : Et l’Europe l’avait fait en 2009.
Régine Deforges : elle l’a fait après l’Europe. Mais si vous voulez, il n’empêche que certains continuent à penser qu’il s’agit d’un mouvement terroriste. Moi, pour les fréquenter maintenant depuis près d’une dizaine d’années, je peux vous dire que ou alors ils sont très, très forts, ou je ne me suis rendue compte de rien. Par exemple hier, elles sont venues à six à la maison en apportant dans de grands sacs un déjeuner iranien qu’elles m’avaient concocté.

France Info : ça c’est pour l’atmosphère Régine Deforge, mais sur le combat politique, parce qu’il s’agit vraiment d’un combat. Vous savez qu’on reproche souvent aux opposants en exil d’être trop loin des réalités de leur pays. Est-ce que les Moudjahidine du peuple ne sont pas loin des réalités iraniennes d’aujourd’hui ?
Régine Deforges : je n’ai pas l’impression parce qu’elles sont en contact téléphonique souvent avec des personnes qui sont dans le camp d’Achraf ou de Liberty, ou avec des sympathisants vivants à Téhéran. Donc elles sont tenues vraiment au courant de ce qui se passe et elles sont très inquiètes parce que les exécutions ont doublé en Iran en l’espace d’un an. Les enlèvements. Il y a eu le massacre du camp d’Achraf, sept femmes ont été enlevées et on est sans nouvelles. Donc elles se battent pour qu’il y ait justement les instances internationales qui enquêtent là-bas.

France Info : le président Rohani, le nouveau président iranien, donne pourtant des gages d’ouverture depuis plusieurs mois. Est-ce qu’elles l’entendent cela ?
Régine Deforges : mais non, pour elles, c’est faux, puisque donner des gages d’ouverture en emprisonnant des gens ou en les enlevant, c’est un petit peu incohérent.

France Info : à qui vous font-elles penser, ses femmes militantes, ces Moudjahidine du peuple, que vous connaissez ?
Régine Deforges : je pense vraiment aux femmes qui se sont engagées pendant la révolution française, avec une femme comme Olympe de Gouges qui disait : « nous avons bien le droit d'être guillotinées, pourquoi ne pas avoir le droit de monter à la tribune à l'Assemblée ? » Elle avait raison. Il y a eu des groupes de femmes à toutes les époques qui se sont, comment dirais-je, réunies pour lutter contre des dictatures, pour lutter contre des horreurs perpétrées dans leur pays.

France Info : le fait que ce soit des femmes vous intéresse aussi ?
Régine Deforges : Eh bien, le fait que ce soient des femmes m'intéressent, parce que tout est tellement plus difficile pour elles dans ces pays-là. Par exemple la jeune femme racontait hier qu'elle portait plainte pour harcèlement devant son magasin de coiffure, un homme qui était là tous les jours à lui dire des obscénités. Elle a porté plainte devant le juge d'instruction, qui lui a donné rendez-vous chez elle pour parler plus à fond de l'affaire. Elle a refusé. Et son affaire a été très mal jugée.

France Info : quand on pense à vous Régine Deforges, on pense beaucoup à la littérature, on pense peut-être à la cuisine aussi, pour ceux qui continuent à utiliser vos recettes de cuisine, quel est votre rapport à l'actualité dans la vie quotidienne, est-ce que votre regard, est-ce que c'est aujourd'hui un regard d’empathie, de colère, de militante encore ou pas ?
Régine Deforges : De colère, je suis très, très en colère. Parce que je trouve qu'on est vraiment laissées pour compte. Les voix des femmes sont peu écoutées, regardez le nombre de femmes au gouvernement. Prenez un train d'affaires et compter le nombre de femmes, vous êtes seule en général.

France Info : les femmes comme fil conducteur là aussi ?
Régine Deforges : oui, parce qu'elles ont une forme de lucidité, de courage naturel. Est-ce le fait de faire des enfants qui les rend comme ça, je n'en sais rien. Mais elles ont le courage de s’affirmer, de se battre pour ce qui leur semble juste.

France Info : plus que les hommes, vous diriez ça aujourd'hui Régine Deforges ?
Régine Deforges : elles sont moins blasées, elles sont moins usées. Le pouvoir ne les a pas encore complètement perverties, ça va venir, mais pour l'instant...

France Info : donc quand vous écoutez les informations le matin, vous voyez les femmes, celle dont vous nous avez parlé, d'autres encore, comme un facteur d'espoir finalement au milieu de votre colère.
Régine Deforges : oui, je pense, je ne suis pas tout à fait de l’avis d'Aragon, que l'avenir de l'homme est la femme, je pense que toute société aurait beaucoup à gagner à écouter davantage les femmes.

France Info : merci Régine Deforges d'être venue parler de ces Moudjahidine du peuple de cette actualité que vous continuez à suivre.

IRAN 
OCTOBRE 2019

 13 exécutions

Janvier: 39 exécutions; Février: 7 exécutions; Mars: 16 exécutions ; Avril: 28 exécutions; Mai: 5 exécutions; Juin: 22 exécutions; Juillet: 38 exécutions; Aout: 40 exécutions; Septembre: 18 exécutions

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En 2018 = 293 EXECUTIONS

En 2017 = 544 EXECUTIONS

En 2016 = 553 EXECUTIONS

En 2015 : 966 exécutions

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