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Farideh Vanaï, membre de l'OMPI résistance IranIran Manif - « Partout où on commence par bafouer les libertés fondamentales de l’homme et son droit à l’égalité, on glisse rapidement vers le système concentrationnaire et c’est une pente sur laquelle il est difficile de s’arrêter », explique Primo Levi dans l’appendice de « Si c’est un homme ».

La bête immonde n’est pas morte. Ses entrailles ont vomi le fascisme religieux en Iran qui se répand comme la peste brune dans tout le Moyen-Orient. Comme à l’époque du nazisme, des résistance se lèvent mais sont annihilées. Toutes sauf une, parce qu’elle prend l’intégrisme islamiste à revers et qu’elle le combat avec une arme qu’il ne pouvait pas concevoir : les femmes musulmanes et l’égalité.

Farideh Vanaï avait 51 ans. Elle a suivi un long parcours de lutte contre l’intégrisme qui a débuté en Iran avec la révolution contre le chah que les mollahs ont rapidement détournée pour imposer leur théocratie despotique. Farideh faisait partie de cette génération de femmes qui n’ont cessé de rejeter le fascisme religieuse en brandissant un islam tolérant et démocratique et en défendant corps et âme l’égalité des femmes et des hommes.

Pour combattre une tyrannie fondée sur la discrimination sexuelle et d’une férocité sans nom, seul un mouvement fondé sur l’égalité et donnant le gouvernail aux femmes pouvait résister dans la tempête. Farideh avait donc naturellement rejoint les rangs des Moudjahidine du peuple d’Iran (Ompi). Après quatre années dans la machine à broyer l’humain que sont les prisons des mollahs, Farideh a rejoint la résistance de l’autre côté de la frontière, en Irak, à la Cité d’Achraf. Elle laissait derrière elle sa sœur et son beau-frère, fusillés, une goutte dans l’océan des 120.000 exécutions politiques à l’actif de ce régime. Fondée en 1986, Achraf va servir de point de ralliement à l’ensemble des Iraniens, femmes et hommes, de la diaspora et de l’intérieur, qui veulent restaurer la liberté dans leur pays. Sous l’égide de Maryam Radjavi, dirigeante de l’opposition iranienne, c’est à Achraf que les femmes prennent en main les rênes de la résistance, avec l’appui des hommes qui retrouvent dans l’égalité, leur humanité perdue. Farideh, comme toutes ses sœurs de combat, accède elle aussi à des postes de responsabilités.

Après l’offensive américaine en Irak, le camp est comme le pays, livré sur un plateau d’argent aux mollahs iraniens et à leurs affidés. Bombardements, assauts, blocus, harcèlement, torture blanche, rien ne sera épargné à ces 3000 opposants, dont un millier de femmes. 116 morts, plus d’un millier de blessés, 7 otages. Et pourtant ils tiennent bon.

Alors un plan machiavélique se met en place : la fermeture d’Achraf, un déplacement forcé, un camp de concentration où les parquer, dans des conditions où tout est calculé pour au mieux les briser, au pire les exterminer. Plan machiavélique parce qu’il est conçu de concert par le régime iranien et un allié dévoué, le patron de la mission de l’ONU en Irak, à l’époque un Allemand, un certain Kobler, qui va entrainer presque toute son équipe dans cette procédure inhumaine. Presque, parce que le directeur de son bureau des droits de l’homme Tahar Boumedra va démissionner et tout révéler dans un ouvrage, et dans des dizaines de conférences et d’interviews à travers le monde. Fait rarissime qui en dit long sur la résistance iranienne, ce représentant du secrétaire général de l’ONU sera muté... en Afrique.

Ainsi Farideh va-t-elle subir pendant cinq ans un blocus médical féroce. Un cancer marque le début de son calvaire. Car s’ils disposaient d’un système de santé autonome à Achraf, à Liberty, le blocus médical prive les résistants de tous soins médicaux. Dans le camp, la « clinique » est un reflet du KB, « Krankenbau », dont parle Primo Levi dans son livre sur Auschwitz. Comme il le dit si bien « pour être soigné au K.B. Il faut être enclin à guérir, la propension contraire conduisant directement du K.B » à la mort. Farideh est la 22e victime du blocus

Bien sûr aucune comparaison possible dans les chiffres, mais l’esprit et la volonté d’exterminer sont les mêmes. D’autant plus qu’ils se doublent d’une « sélection » des malades. Car ce sont les gardes irakiens à la botte des mollahs qui décident qui maintenir en vie et qui éliminer. Au jour le jour ils choisissent qui ira ou n’ira pas jusqu’à l’hôpital de Bagdad. Mais cela ne s’arrête pas là. Non. Partir reste un mot. D’abord les malades partent avec un retard délibéré pour leur faire rater leurs rendez-vous. Si rendez-vous il y a, c’est l’irruption du garde dans le cabinet médical pour empêcher la visite. Si visite il y a c’est l’impossibilité de faire des examens, c’est l’impossibilité de se procurer des médicaments. C’est des opérations reportées durant des mois, des chimiothérapies interrompues, jamais commencées, c’est l’absence totale de médicaments. Laisser agoniser les malades, la nouvelle ligne des mollahs en Iran comme à Liberty.

La Manui, cette organe de l’ONU chargé de mission en Irak et dont les observateurs sont censé surveiller le respect des conventions internationales au Camp Liberty dont tous les habitants sont des « personnes protégées » par les conventions de Genève et relèvent du HCR, cette MANUI ne fait rien. Elle voit, elle sait, elle reçoit plaintes sur plainte et laisse faire.

Farideh, le 27 octobre 2013 a envoyé une lettre au mur du silence que constitue la MANUI à Bagdad : "Je suis atteinte d’un cancer, j’ai subi deux opérations et j’ai suivi six séances de chimiothérapie ces quatre derniers mois. Le mois dernier, ma santé s’est gravement détériorée. J’ai eu des saignements et de terribles douleurs. Je dois me faire à nouveau opérer de toute urgence et mon état actuel est intolérable. Le mardi 23 octobre, à 7h00 je me suis rendue à la clinique irakienne du camp pour ensuite me rendre à l’hôpital Yarmouk de Bagdad. J’ai dû attendre jusqu’à 12h30 en ne cessant d’interroger sur les causes du retard, et je n’ai pu me rendre à l’hôpital depuis la prison de Liberty.
“Alors que je souffre de terrible douleurs, il est à présent 10h30 en ce dimanche 27 octobre et je suis devant la clinique depuis 7h00 du matin, à nouveau sans le moindre mouvement de départ vers l’hôpital Yarmouk (...)   “ Priver de traitement médical (…) signifie nous tuer sous la torture. Malheureusement les équipes d’observateurs de la MANUI en sont informées depuis le début mais elles ne font rien à part nous regarder mourir (...) »

Dans une lettre commune avec trois autres malades datée du 18 janvier 2014, adressée à M. Gyorgy Busztin, Représentant adjoint spécial du Secrétaire général de l’ONU, elle écrivait : « Pour l’amour de Dieu, dites-leur de cesser de nous torturer. »

Grâce aux efforts sans répit de l’Ompi et des représentants du camp Liberty, Farideh Vanaï a finalement pu être transférée en Albanie le 18 mars 2014 pour y être rapidement hospitalisée. L’Albanie, petit Etat qui a eu le courage d’accueillir des Achrafiens quand les grandes démocraties pliant honteusement devant le diktat des mollahs, tournent le dos aux victimes de l’intégrisme. Cependant, le retard dans son traitement a rendu les opérations inefficaces. Lors de la dernière intervention chirurgicale qui a duré sept heures, son cœur a lâché.

Farideh est la 22e victime de ce blocus médical concentrationnaire, sous les yeux impavides de l’ONU et le silence complaisant des démocraties occidentales. Silence, passivité, complaisance, des mots qui ont fait des millions de morts durant la seconde guerre mondiale face à la première peste brune. S’ils continuent face à l’intégrisme islamiste, ce sont des millions d’autres morts qui s’annoncent surtout si les mollahs se dotent de la bombe atomique.

Or il existe une alternative, il existe une résistance, il suffit briser le silence complaisant, le blocus du silence, tous les blocus. Au nom de Farideh, au nom de tous les siens.