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AP, 10 décembre - L’Irak a annoncé jeudi son intention de déplacer un  mouvement d’opposition iranien vers un camp de détention dans le désert irakien, ce qui constitue une escalade dans les pressions exercées sur un groupe qui pose des complications tant pour Bagdad que Washington.

Le mouvement, l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran, a vivement dénoncé ce plan d’ « illégal et scandaleux », s’inscrivant dans les efforts existant pour contraindre les membres du mouvement à quitter l’Irak.

Environ 3500 membres de ce mouvement – hébergés pendant de nombreuses années en Irak par Saddam Hussein – sont sous surveillance dans un camp au nord-est de l’Irak depuis l’invasion dirigée par des États-Unis en 2003. Cependant, les autorités irakiennes ont adopté une attitude de plus en plus dure vis-à-vis du camp d’Achraf, notamment avec une attaque des forces de sécurité en juillet dernier qui a débouché sur une mêlée au cours de laquelle 11 personnes ont été tuées.

Le mouvement met les autorités américaines et irakiennes dans une situation difficile.

Washington a placé les Moudjahidines du peuple dans la liste des organisations terroristes et prend ses distances des efforts de l’Irak pour démanteler le groupe, qui s’opposent au pouvoir des religieux en Iran. Certains responsables américains ont cependant exprimé leur crainte à propos des violences que pourrait engendrer les plans de l’Irak pour déplacer par la force le mouvement de son lieu de résidence actuel dans le camp d’Achraf.

Par ailleurs, les dirigeants irakiens seraient confrontés pas un tollé général en Occident s’ils décidaient de déporter les exilés vers leur pays natal, où ils sont considérés des ennemis de l’État. Or, le gouvernement chiite en Irak ne souhaite pas continuer à les abriter au risque de compromettre ses importantes relations avec le pouvoir chiite en Iran.

Le projet irakien, annoncé sur le site du gouvernement, appelle à déplacer les exilés du camp d’Achraf vers un site éloigné dans le désert irakien, jadis utilisé pour les prisonniers notamment les opposants politiques exilés par Saddam.

Dans un premier temps, le groupe sera logé à Bagdad, avant un éventuel transfert vers le site désertique de Neqrat al-Salman, 120 km à l’ouest de Basra (sud).

Le transfert pourrait débuter dès mardi prochain, au moment où les autorités irakiennes ont invité les medias à visiter le camp d’Achraf.

Le communiqué irakien affirme que le transfert est nécessaire en raison des « liens historiques » du mouvement avec les factions notamment ceux du régime de Saddam et les membres d’Al-Qaïda.  Le gouvernement a accusé Al-Qaïda et le parti Baas interdit de Saddam d’avoir mené les récents attentats, notamment ceux de mardi dernier aux environs de Bagdad, tuant 127 personnes.

Le communiqué du mouvement d’opposition iranien a qualifié les allégations de liens avec Al-Qaïda de « ridicules » et a accusé le premier ministre Nouri al-Maliki d’abdiquer aux demandes de l’Iran pour réprimer le mouvement.

Le communiqué met également en garde sur le fait que les autorités irakiennes préparent « une nouvelle catastrophe humanitaire ». Shahriar Kia, un porte-parole d’Achraf, a déclaré que les résidents ne sont pas armés pour combattre les forces de sécurité irakienne, mais il a promis qu’ils vont se défendre en tant qu’opposants « non armés et sans défense ».

« Nous n’allons pas quitter nos maisons », a-t-il dit. « Nous n’allons pas quitter ».

La semaine passée, le Vice-président du Parlement européen, Alejo Vidal-Quadras, a adressé une lettre à Nouri al-Maliki pour l’avertir que « tout déplacement forcé » du camp d’Achraf « aboutira sans aucun doute à des victimes beaucoup plus nombreuses » que ceux de l’attaque de juillet.

Cette semaine en Espagne, un juge a demandé à l’Irak s’il enquêtait sur les violences de juillet dans le camp, un premier pas vers une enquête par le juge espagnol.

Le juge Fernando Andreu agit conformément à la doctrine de justice universelle de l’Espagne, qui autorise la poursuite des allégations de crimes graves commis dans d’autres pays, pour autant que certaines conditions soient réunies.

Une de ces dispositions tient au fait que le pays où un crime aurait eu lieu ne mène pas, ou n’ait pas encore mené, sa propre enquête.