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Iran Manif – « Dès mon arrivée, un homme m’a appelée d’une voix brutale. Il a pris mon tchador et l’a tiré violemment en disant « suis-moi ». Il m’a emmenée au sous-sol. Les yeux bandés je ne pouvais pas voir son visage, mais à la manière dont il parlait et respirait, j’imaginais qu’il était gros. Il a commencé par me frapper sur la tête avec une baïonnette. J’ai protesté. « Tu sais pas où t’es ? Ici c’est Evine, ici c’est moi qui parle, et toi tu dois la fermer, compris ? », m’a-t-il crié en continuant à me frapper.

Quand nous sommes arrivés au sous-sol, les gémissements des suppliciés ne cessaient pas. Les personnes arrêtées le jour-même étaient amenées là. Certaines sous la torture dans des cellules, d’autres attendant leur tour derrière la porte. On m’a mise derrière la porte. « Assieds-toi et attends ton tour », m’a dis l’homme. J’entendais les cris d’une femme et de son bourreau. Un homme dans le couloir recevait des coups de fouet sur les pieds, son bourreau lui criait « T’es sportif ? Non ? Alors tu dois supporter ça », en frappant plus fort.

Un interrogateur obligeait un prisonnier Moudjahidine dont les pieds avaient été quasiment déchiquetés, à rester debout. Comme il n’y parvenait pas, on le battait pour qu’il se relève et on lui fouettait les pieds.

Tout près de moi, une jeune femme avait été attachée à une chaise et plusieurs interrogateurs lui donnaient des coups de fouet. Elle criait de toutes ses forces.

J’ai su plus tard que j’étais au sous-sol de la section 209. »

Mahine Latif raconte au fil des pages l’enfer qu’elle a vécu à la prison d’Evine. En 2009-2010 ? Non, en 1981, au lendemain de la révolution quand la dictature religieuse s’installe par une répression féroce pour une trentaine d’années.

Récit d’hier et d’aujourd’hui se confondent. La sauvagerie est la même, la résistance des prisonniers aussi. Mais à l’époque chaque soir ce sont des centaines d’hommes et de femmes, jeunes et très jeunes, pour la plupart, qui sont fusillés. La Résistance iranienne compte 120.000 martyrs, dont l’immense tribut a été payé par les Moudjahidine du peuple d’Iran.

Aujourd’hui le régime des mollahs, en pleine déroute, en passe de se disloquer, continue à faire preuve d’autant de cruauté, mais cherche surtout à relancer un grand massacre pour vider ses prisons, croyant ainsi repousser sa chute, si évidente, si palpable.

Le récit de Mahine Latif est publié à l’Harmattan, sous le titre « si les murs pouvaient parler, cinq années dans les prisons des mollahs ». Un ouvrage qui salue le courage des résistants, hommes et femmes que rien de destinaient à tant d’horreurs, mais dont le destin a soudain basculé parce qu’ils ont choisi de vivre libres, la tête haute, ils ont refusé de plier à la dictature religieuse. Aujourd’hui, dans les rues du pays, les jeunes ont repris leur flambeau.

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Si les murs pouvaient parler, 64 pages, 10,50€, Ed. L’Harmattan