Share this post

Submit to DeliciousSubmit to DiggSubmit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to StumbleuponSubmit to TechnoratiSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn


Iran Manif – Cela fait quelques temps que j’ai fui l’Iran, mon pays natal. Mais je me souviens qu’un jour, enfant, dans la rue de la belle ville d’Ilam, dans l’ouest du pays, je suis restée scotchée, de joie.

 

Je n’en revenais pas. Après tout ce temps ma sœur était de retour. Je la voyais enfin. Farah avait huit ans de plus que moi. J'ai couru vers elle et j’ai sauté à son cou en criant « Farah, Farah ! » 

Pendant longtemps ces retrouvailles ont nourri les plaisanteries des jeunes du quartier qui s’en sont donné à cœur joie. Je n’oublierai jamais ces instants.

Farah était une militante politique, elle soutenait la plus grosse organisation opposée aux mollahs intégristes qui avaient pris le pouvoir. Elle défendait la cause de l’OMPI, les Moudjahidine du peuple d’Iran qui prônaient un islam démocratique et tolérant, la séparation de la religion et de l’Etat et l’égalité des femmes. 

C’est pour cela qu’elle a avait été arrêtée une multitude de fois. Mais elle avait tellement bien su se défendre en prison, qu’ils avaient dû la libérer. C’était au début des années 1980.

Plus tard, la répression est devenue féroce. En 1988, les services de renseignements ont lancé un raid sur notre maison pour l’arrêter à nouveau.

Le 6 décembre 1988, la sonnerie du téléphone a retenti, plusieurs fois, avant que mon père décroche ... Il est resté silencieux, le téléphone pendant à la main et a mis longtemps avant de raccrocher.

Quand il s’est présenté à la prison, un de ces voyous du renseignement lui a tendu un sac avec les affaires de Farah : « On a exécuté ta fille pour son soutien à l’OMPI. Si tu en parles ou si tu organises une cérémonie funéraire, ou même si tu invites quelqu’un pour la pleurer, vous y passerez tous, on va vous exécuter ! »

Ils devaient indiquer à mon père le lieu où elle avait été enterrée. Dix jours après, seules quatre personnes ont été autorisées à s’y rendre.

La tombe de Farah était de l’autre côté d’une colline, dans le secteur de Saleh Abad. Il y avait un creux d’une dizaine de mètres où des corps avaient été entassés. Là on voyait un pied sortir de terre, là une tête.

Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris que Farah avait été emmenée avec tout un tas d’autres prisonniers de l’OMPI pour être exécutés dans un village loin d’Ilam. En cours de route, le camion était tombé en panne, alors ils les avaient exécutés sur place. Auparavant, ils avaient violé les filles, toutes les filles, pour qu’elles n’aillent pas au Paradis...

Je revois encore, intacts, ces instants merveilleux où Farah était revenue. La mort n’a rien effacé.

En été 1988, sur un décret religieux de Khomeiny, 30.000 prisonniers politiques, comme Farah Islami, appartenant dans leur immense majorité à l’OMPI, ont été exécutés en l’espace d’une saison. Les responsables de ces crimes sont toujours en place, aux plus hautes fonctions du pouvoir. L’ONU doit mener une enquête sur ce crime contre l’humanité et en juger les auteurs et les responsables. Un premier pas pour arrêter les centaines d’exécutions chaque année en Iran.