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Le caractère remarquable de la participation des Iraniennes dans la lutte pour l’égalité et le changement social existe en Iran depuis des siècles. La constance et le développement de ce courant mérite qu’on l’examine en s’arrêtant sur le mouvement post-constitutionnel au début du XXe siècle. Car durant un siècle, les Iraniennes ont développé un courant de lutte parallèle au mouvement mondial pour l’égalité.

Le mouvement constitutionnel : un nouveau chapitre

La première révolte des femmes a éclaté il y a un peu plus de cent ans, avec le mouvement constitutionnel, au moment où la société iranienne préparait son avènement.  La rébellion, connue sous le nom du « mouvement du Tabac », a commencé en 1895, quand le monarque Qadjar, Nasser-o-Dine chah, céda les droits exclusifs de la production et de la vente du tabac à la « Régie » une firme britannique.

La population s’y opposa avec force et boycotta la consommation du tabac, forçant le roi à annuler l’accord. Les Iraniennes furent en première ligne de cette résistance. Au sommet des protestations, lorsque dans une mosquée proche, un imam du vendredi appela les marcheurs à se disperser, les femmes en colère chargèrent et le forcèrent à prendre la fuite.

Une femme Zeinab Pacha, connue aussi sous le nom de Bibi Chah Zeinab, dirigeait l’opposition populaire à l’accord Régie à Tabriz, capitale de la province de l’Azerbaïdjan de l’est. Zeinab Pacha avait organisé sept groupes de femmes armées contre les efforts du gouvernement pour écraser la rébellion. Les sept groupes sous son commandement dirigeaient eux-mêmes d’autres groupes de femmes. Quand les forces gouvernementales forcèrent les marchands du bazar à ouvrir leurs boutiques, Zeinab Pacha et un group de femmes armées, revêtues de tchador, refermèrent les boutiques.

Le mouvement constitutionnel de 1906, qui donna une impulsion à la lutte du peuple iranien pour la démocratie et la liberté, trace une ligne de partage pour la participation des femmes dans le mouvement social.

Morgan Shuster, un conseiller américain qui se mit du côté du peuple iranien durant le mouvement constitutionnel, écrivit dans son livre « L’étranglement de la Perse » : « Depuis 1907, les femmes iraniennes sont devenues les plus progressistes, pour ne pas dire les plus radicales, au monde.  Que cette déclaration bouleverse les idées de plusieurs siècles ne fait aucune différence. C’est un fait. Ce ne serait pas trop de dire que sans la force morale puissante de ces femmes (…) le mouvement révolutionnaire malheureux et de courte durée (…) se serait évanoui dans une protestation encore plus désorganisée. Les femmes ont beaucoup fait pour préserver vivant l’esprit de liberté. Ayant elles-mêmes souffert d’une double oppression, politique et sociale(…) dans leur lutte pour la liberté et ses expressions modernes, elles s’étaient frayées un chemin entre les coutumes les plus sacrées qui avaient pendant les siècles passés pesé sur le sexe dans la terre d’Iran. »

Le 29 novembre 1911 est des moments les plus brillants de la présence des femmes dans le mouvement constitutionnel quand la Russie tsariste, avec l’aval du gouvernement britannique, envoie un ultimatum au parlement iranien : Shuster, conseiller financier du gouvernement, doit être expulsé sous les quarante-huit heures ou la capitale sera occupée. Une vague de protestation explose dans tout le pays.  A Téhéran, 50.000 personnes manifestent et déclarent la grève générale. Shuster écrit qu’un groupe de 300 femmes pénètrent dans le parlement, vêtues de leurs grands vêtements noirs, un pan de voile rabattu sur le visage. Beaucoup ont un pistolet sous leurs jupes ou dans leurs revers de manche. Elles vont droit sur le Majlis où elles se rassemblent et demandent que le président les reçoivent toutes (…) Ces mères, ces femmes et ces filles persanes cloîtrées, exhibent leurs armes en menaçant, déchirent leurs voiles, avouent leur décision de tuer leurs maris et leurs fils et de laisser derrière leurs propres cadavres si les députés hésitent dans leur devoir de soutenir la liberté et la dignité du peuple et de la nation perse. »

Les femmes soutiennent le nouveau parlemente et lancent un défi aux factions conservatrices et aux mollahs qui ont été élus députés. Quand le parlement décide de mettre en place la banque nationale sans l’aide financière de pays étrangers, les femmes collectent avec enthousiasme de l’argent et donnent leurs bijoux.

Quand le roi Qadjar Mohammad Ali Chah bombarde le parlement et fait tirer sur les constitutionnalistes, les femmes d’Azerbaïdjan s’activent sur plusieurs front. Durant le siège de onze mois de Tabriz, les femmes s’occupent de la logistique, collectent des fonds, apportent de la nourriture d’un bunker à un autre, soignent les blessés, préparent des munitions, etc.

Un groupe de femmes se bat également en première ligne et d’autres jeunes filles et femmes portent des vêtements masculins et se battent aux côtés des hommes. Un historien vivant à Tabriz à l’époque écrit qu’un bunker est dirigé par des femmes en tchador et qu’il a vu la photographie de 60 femmes Moudjahidine. A la fin d’une bataille, on ramasse les corps de 20 femmes, portant toutes des vêtements masculins.

Les femmes prennent l’initiative de mettre sur pied des écoles de filles et des hôpitaux pour femmes. en 1910, Téhéran compte une cinquantaine d’écoles de filles. Des dizaines de femmes journalistes ont rejoint la presse et publient des quotidiens féminins indépendants. Les femmes créent également de nombreuses associations. Shuster écrit que « pour le seul Téhéran, douze associations de femmes sont engagées dans différentes activités politiques et sociales ».

La participation des femmes et la réalisation de leurs droits constituent une des demandes les plus importantes faites pendant el mouvement constitutionnel. A cause des relations féodales prévalant dans les domaines économique et social et l’absence de direction qualifiée, de nombreuses aspirations et demandes comme les droits des femmes ne peuvent être réalisées. En effet les termes de la loi électorale de 1906 nient clairement le droit de vote aux femmes.

(extrait de l’essai « La misogynie : le pilier du fascisme religieux » de Maryam Radjavi )