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Iran Manif - Star du cinéma et de la chanson des années 1970 en Iran, Marjan, artiste populaire engagée contre les dictatures du chah et des mollahs, n’a jamais renoncé ni à l’art ni à son combat pour la liberté en Iran. Après un passage douloureux de deux ans et demi dans les prisons des mollahs, elle s’est exilée aux Etats-Unis où elle poursuit sa carrière artistique.  Elle aborde pour Iran Manif le problème épineux des artistes féminins en Iran, délit à la puissance deux pour les mollahs qui voient le diable dans la femme et dans l’art. 

Iran Manif - Marjan, à l’heure actuelle quelle est la situation des artistes femmes en Iran. Peuvent-elles chanter ?

Marjan - Les ténèbres de la charia des mollahs ne fait de place ni à l’art ni aux artistes, sauf s’il s’agit de défendre un intérêt ponctuel. C’est comme pour le caviar. Avant la révolution et jusqu’à leur arrivée au pouvoir, les mollahs l’avaient interdit. Mais quand ensuite ils se sont rendu compte que ça pouvait leur rapporter des dollars, Khomeiny a rapidement pondu une fatwa, un décret religieux, pour l’autoriser. Tout comme pour les images, les statues et le cinéma. On se souvient de ces bandes de voyous dirigées par des mollahs dans diverses villes. Une de leurs premières actions avait été de mettre le feu au cinéma Rex d’Abadan, dans le sud-ouest de l’Iran. L’incendie avait fait 400 victimes innocentes et bouleversé le monde. Il s’est avéré ensuite que c’était l’œuvre des mollahs. Mais après la révolution et surtout au fil de la guerre de huit ans contre l’Irak, ils se sont aperçu qu’ils pouvaient utiliser le cinéma dans leur propagande. Alors ils se sont mis à investir massivement, avec des budgets astronomiques, pour produire des films sur cette foutue défense sacrée. 

Du côté de la musique c’est aussi toute une histoire. A l’arrivée de Khomeiny au pouvoir, il était interdit de diffuser même de la musique militaire pour le jingle du journal télévisé, seul une chanson en arabe était autorisée dont aujourd’hui encore pour la grande majorité des Iraniens et moi-même, le sens reste hermétique. 

Cependant cette dernière décennie, avec le travail de la Résistance iranienne auprès des artistes, des chanteurs et des musiciens exilés dans le monde et diffusé à l’intérieur de l’Iran par le biais de la chaine d’opposition Sima-ye-Azadi, comme ce grand concert de la diva Marzieh à l’Albert Hall de Londres, a obligé le régime à changer d’attitude. Tant et si bien que récemment il s’est mis à exporter un pack spécial chanteur et orchestre à Los Angeles. Mais ce sont des chanteurs, pas des chanteuses. Et les voix des femmes, même dans des chœurs, doivent être couvertes par celles des hommes. Alors ma réponse est non, les artistes femmes en Iran ne sont pas autorisées à montrer leur art. 

En Occident on se plait à présenter Rohani comme un modéré, qui veut réduire les violations des droits humains. Toute une propagande a été lancée sur ce thème lors des dernières « élections », en particulier sur la liberté des femmes. Qu’en pensez-vous, en tant que femme, en tant qu’artiste ?

Je dois d’abord préciser que le sujet même des «élections » en Iran est un jeu de dupe pour la galerie occidentale. Pour citer Khomeiny, cela sert juste à passer un coup de vernis de crédibilité. Au premier scrutin il y a 36 ans, Khomeiny avait clairement annoncé que ceux qui n’avaient pas voté pour la Constitution du guide suprême ne pouvaient pas être candidats aux législatives ou à la présidentielle, ce qui a éliminé de facto l’opposition, jusqu’à ce jour. 

Quant à la pincée de femmes ‘élues’ au Majlis, qui n’est pas un parlement mais « une assemblée consultative islamique », il faut savoir qu’elles sont toutes passées par le filtre du Conseil des gardiens, donc qu’elles sont issues du pouvoir, un pouvoir auquel elles ont prêté fidélité de cœur et dans la pratique. Il y a peu, l’une d’entre elles avait accordé une interview à un journal italien, et à propos du voile obligatoire elle avait avancé qu’il se pourrait qu’à l’avenir, les femmes puissent avoir le droit de porter ce qu’elles veulent. Au lendemain de la publication, elle a dû effectuer un rétropédalage en quatrième vitesse, en expliquant qu’on avait déformé ses propos. Dans la dictature religieuse en Iran, le mot de parlement n’a aucun sens, tout comme les mots de président ou de ministre, et j’en passe. Rien ni personne de bénéficie d’indépendance. C’est le guide suprême qui décide de tout. En fait les élections en Iran sont une farce.

Hassan Fereidoun qui avec le pouvoir a pris le nom de Rohani, a été pendant des années à la direction du terrible conseil suprême de sécurité nationale. Il a trempé dans tous les crimes, dans les massacres des prisonniers politiques, dans la répression du soulèvement étudiant de 1999 comme il s’en vante. Il a tenu tous les rôles de brutes du répertoire. 

Pour la journée internationale des femmes, vous êtes venue à Paris pour chanter dans une conférence organisée par le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI). Qu’est-ce qui vous a poussé à soutenir la résistance ?

Mon soutien à la résistance plonge ses racines dans les conceptions progressistes et éprises de liberté du CNRI. Ces idées sont reflétées dans le programme en dix points de Maryam Radjavi, sa présidente élue. Je peux dire que c’est le seul moyen de panser les plaies infligées par ce régime cruel et d’instaurer un gouvernement démocratique en Iran. Si je chante dans ce genre de conférences, c’est pour marquer mon opposition au régime des mollahs. C’est ma participation à la résistance. Car ma seule arme c’est ma voix et dans ce chemin que j’ai choisi en toute connaissance de cause, je ne me contente pas de chanter des chansons, je chante la liberté. C’est pourquoi je travaille en étroite collaboration avec les artistes de la résistance iranienne, en particulier ceux qui se trouvent au camp Liberty en Irak, dans des conditions épouvantables. Leur courage et leur créativité me remplissent d’admiration et de fierté. 

Le 8 mars vient juste de passer. Quel message avez-vous pour les femmes en Iran et particulièrement les artistes, celles qui n’ont pas le droit de se produire en concert. 

Le temps est venu de résister et de se produire en concert. Voilà ce que je voudrais leur dire : mes chéries, accrochez-vous et soyez en tête de cette caravane qui fonce en avant, soyez à l’avant-garde de la lutte. Battez-vous de toutes vos forces, avec tous vos moyens pour déraciner au plus vite cette tyrannie intégriste et libérer notre cher pays. Croyez dans votre force. Nous vivons dans une époque où tout avance, tout évolue à une vitesse folle et qui enverra ces mollahs et leur obscurantisme à la poubelle de l’Histoire. La victoire nous appartient, toutes ensemble nous pouvons bâtir un avenir lumineux. 

IRAN 
DECEMBRE 2019

 29 exécutions

Soulèvement national

1500 manifestants tués

4000 blessés

12.000 arrestations

dans 191 villes insurgées

Janvier: 39 exécutions; Février: 7 exécutions; Mars: 16 exécutions ; Avril: 28 exécutions; Mai: 5 exécutions; Juin: 22 exécutions; Juillet: 38 exécutions; Aout: 40 exécutions; Septembre: 18 exécutions; Octobre: 23 exécutions; Novembre: 15 exécutions

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En 2018 = 293 EXECUTIONS

En 2017 = 544 EXECUTIONS

En 2016 = 553 EXECUTIONS

En 2015 : 966 exécutions

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