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Iran Manif - Dans un Iran où la ségrégation sexuelle est légiférée, la vie au quotidien pour les femmes est non seulement difficile mais complexe.  Si l’on écarte d’emblée les premiers obstacles de l’autorisation de sortir de chez soi et du code vestimentaire obligatoire, la vie active représente un parcours plein de risques difficiles à prévoir.

Exclues du marché du travail à 86%, les femmes déploient beaucoup d’énergie pour trouver des ressources. D’autant plus que le nombre de mères isolées ne cesse d’augmenter et qu’elles doivent subvenir aux besoins de la famille.

Vente à la sauvette

Durant quelques années, on a vu fleurir un petit commerce féminin où les femmes vendaient à la sauvette leur artisanat dans les grandes villes, dans le métro (wagons et couloirs), les places publiques, les quartiers animés. Bon marché et de qualité, leurs produits étaient appréciés et trouvaient preneurs. La crise s’aggravant, ces vendeuses se sont multipliées, des enfants les ont rejoints, formant un essaim de petits travailleurs bardés de sacs volumineux de marchandises. Puis l’an dernier, le gouvernement de Rohani a mis fin à cette source de revenus, en interdisant ces ventes et en faisant la chasse aux marchands ambulants.

Celles qui le pouvaient se sont rabattues sur la vente en appartement, qui marche fort aujourd’hui en Iran ; un créneau que les autorités n’ont pas pu encore fermer. Les autres continuent comme par le passé avec ce risque immense de voir leurs marchandises confisquées et de perdre toutes leurs ressources, sans parler d’une arrestation sans ménagement.

Une boutique de mode fermée sur dénonciation

Pour celles qui travaillent à l’extérieur, tout peut s’écrouler du jour au lendemain. Gohar tenait une boutique de vêtement pour femmes dans l’ouest de Téhéran. Elle s’était fait une clientèle. Certes, les vêtements pour femmes sont un vrai casse-tête en Iran à cause du code imposé par les mollahs. Couleurs vives ou gaies, vêtement sans manches, tout ce qui est au-dessus du genou est interdit pour le commun des mortelles. Pas pour les fashionistas des cercles du pouvoir qui se permettent tous les excès et qui tapent à l’œil de certains voyageurs en goguette dans le nord de Téhéran, les quartiers riches.

Ainsi donc, pour madame Toulemonde, deux modes : celle visible de la rue, manteau ¾ sous le genou et pantalon en teinte neutre et foncée, très rarement des jupes ou des robes, avec des bas foncés et des chaussures de même couleur. Il ne passe par la tête de personne de porter des couleurs claires ou vives. Pas de rouge, pas de rose, pas de bleu, pas d’orange, pas de jaune, pas de vert. Sous les mollahs, l’Iran est un pays de « pas de » pour les femmes. 

Et vient ensuite ce que l’on porte dessous... Là, couleurs et formes sont permises tant qu’on ne les montre pas et tant qu’elles ne sont pas contrôlées, car les contrôles vont parfois jusque là. Pas question non plus de dessous affriolants, impossibles à vendre en boutique, à la rigueur ... sous le manteau.

Ainsi donc Gohar tenait boutique. Or un jour, elle voit débarquer un escadron de Monkerat, la police du vice, qui vient la tancer pour sa vitrine. « C’est quoi ces mannequins sans foulard ? » lui ont demandé trois barbus ? « Ben ce sont des mannequins en plastique sans visage », s’est risquée Gohar. « Sans visage mais avec des formes de femme, il faut donc un foulard. Vous êtes en infraction. » 

Inspection des lieux, mannequins emmenés au poste, boutique fermée, pose de scellés et amende salée. Et puis l’affiche de l’infamie collée sur la devanture de la boutique : « fermée pour corruption » ou « fermé – mal voilée ». Mal voilée signifie un non respect des règles de la morale des mollahs. Tout le monde se demande pourquoi et les clientes craignent que cela ne les atteigne. 

Or cette boutique, Gohar y tenait. Elle avait réussi à la dénicher et avait pu sans problème signer elle-même le bail. Elle n’aurait pas pu le faire si elle avait voulu louer un appartement, parce que la loi exige la signature d’un homme. Pour les mollahs en Iran, le foyer et la femme appartiennent à l’homme, mais pas une boutique.  Or sans travail, par d’argent pour le bail. 

Il lui faudra 15 jours pour réunir l’argent nécessaire mais bien plus pour se refaire une clientèle. Après de longues semaines d’efforts redoublés pour rentrer dans ses frais, elle remet sa boutique à flot. Mais voilà qu’un an après cet incident, une patrouille de barbus fait à nouveau irruption dans son magasin. Gohar qui avait voilé tous ses mannequins angoisse. Qu’est-ce qu’ils veulent ? Elle va le savoir rapidement. Elle a été dénoncée. Par qui ? Une cliente. Cette dernière a surpris une conversation de femmes qui disaient tout le mal qu’elles pensaient des mollahs. Elle a filé au premier comité de la milice pour dénoncer la boutique. 

Cette fois l’affaire est grave et l’amende trop élevée. Gohar ne pourra pas payer et le bail et l’amende. Elle doit se résigner à cette fermeture. Mais il lui reste toutes ses marchandises. Elle choisira de les liquider dans des ventes en appartement. 

Gohar a ensuite été régulièrement harcelée par les forces de sécurité. C’est pourquoi elle a décidé de quitter le pays avec son mari et ses enfants. Elle est désormais réfugiée en Europe où elle aimerait bien ouvrir une boutique.