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Par Walid A Phares

History News Network, 6 mai - Il a déjà été établi, y compris dans mon livre récemment publié « Le printemps perdu : la politique américaine au Moyen-Orient et les catastrophes à éviter », que Washington a commis deux erreurs générales dans ses politiques régionales. L'une a été le partenariat avec les Frères musulmans et ses bailleurs de fonds dans le monde arabe , une politique qui a provoqué un soulèvement populaire majeur en Egypte contre le régime des Ikhwan (frères en arabe) - et la montée d'un bloc de gouvernements arabes modérés dans le Golfe et au-delà en opposition à la puissance des Frères Musulmans.

L'autre erreur américaine globale de la politique étrangère a été l’accord conclu par l'administration Obama avec le régime iranien sur la base de l'idée que le dialogue modérerait les grands desseins des ayatollahs. Mais comme on peut le voir clairement, toutes les promesses khomeynistes se sont évaporées tandis que leurs machines militantes et militaires ont grandi au fil des jours, malgré le soi-disant « accord nucléaire provisoire ». En bref, Téhéran s’est joué de l'Occident, en particulier des États-Unis, sur ses objectifs stratégiques à long terme. Et ce n'est pas un phénomène nouveau. L’Iran pratique cette tromperie astucieuse depuis des années, en particulier depuis le 11 Septembre et l'invasion de l'Irak qui a suivi. En revenant sur les grandes victoires du régime khomeyniste ces dix dernières années, on se rend compte avec douleur que les seules actions les plus dangereuses menées par les services et les partisans de Téhéran l’ont été à l'intérieur de l'Irak et, malheureusement, juste sous les yeux des Américains.
 
Comme c'est le cas pour tous les totalitarismes de l'histoire, la plus grande crainte du régime iranien vient de toute opposition potentielle capable de mobiliser les masses et de les organiser, démontrant une capacité à ébranler le fondement même du régime. Pendant des décennies, les khomeynistes ont clairement montré une tolérance zéro pour toute forme d'opposition significative et ont réussi à repousser tous les défis sérieux posés à leur régime. Depuis la mise en œuvre de la République islamique, des milliers de citoyens ont été exécutés et torturés. Le bras du régime est allé jusqu'à assassiner des opposants politiques dans les pays étrangers - sans le moindre égard pour le droit international. En 1999, le régime a réprimé une révolte étudiante généralisée dans les campus. Cette répression des manifestations a continué sans relâche pendant deux décennies, aboutissant à l'écrasement de la révolte populaire de juin 2009.
 
Cependant, la plus dangereuse de toutes les oppositions connues au régime, reste sans aucun doute la communauté iranienne en exil et ses forces organisées en Irak. Depuis l’An 1 de la prise du pouvoir khomeyniste à Téhéran, des milliers de citoyens - pour la plupart membres du groupe révolutionnaire des « Moudjahidine du peuple » (connu aussi comme l’OMPI) - ont afflué vers l'Irak voisin en fuyant la répression sanglante en Iran. Naturellement, le régime de Saddam - en guerre avec Khomeiny - leur a donné refuge et leur a permis de rester. La notion de «protection Saddam » a été utilisée par la machine de propagande iranienne pour ternir la légitimité du groupe. Ce dernier, coincé en Irak, avait deux options : abandonner l’exil irakien et perdre le seul territoire stratégique contigu de l'Iran d'où ils pouvaient atteindre son peuple - ou courir le risque d'être décrié comme les protégés de Saddam. Son choix a été de surmonter le régime irakien et de créer une base de départ pour lancer son retour. Cette base a été appelé le camp d’Achraf.

Le régime iranien a utilisé toutes les tactiques possibles pour nuire aux exilés, mais la chute de Saddam lui a enfin donné l'occasion de passer directement en Irak. Sous l'administration Bush, la protection des exilés iraniens par les États-Unis a été équitable, générant des années d'assistance de l’OMPI dans le renseignement et le contre-terrorisme. Les exilés, se considérant comme des alliés des Américains face à Al-Qaïda et aux milices de Téhéran, ont conseillé les forces américaines sur un éventail de questions de défense et de droits de l'homme qui s’y rapportaient. Le partenariat de Washington avec la communauté d’Achraf, cependant, a fait une erreur entre 2003 et 2009 : il n'a pas construit une alliance stratégique sérieuse qui aurait permis à l'opposition iranienne basée en Irak de se développer à un point où elle aurait pu mobiliser les masses à l'intérieur de l’Iran avec le plein appui des États-Unis et de la coalition. Sept années de soutien occidental bien conçu aux exilés auraient généré un défi géopolitique massif pour le régime iranien et, par ricochet, sa menace nucléaire.
 
En 2009, l'administration Obama a changé de cap avec l’Iran. En juin de cette année-là, le président Obama a envoyé une lettre de dialogue au grand ayatollah Khamenei. Le même mois, le président américain a fait savoir que son administration ne serait pas du côté des manifestants à Téhéran et d'autres villes iraniennes. La politique américaine pour l'opposition iranienne a également changé depuis. (...) Achraf a été abandonnée, laissant l’OMPI vulnérable à une attaque des éléments de sécurité pro-iraniens, dès 2009, sous les yeux de l'armée américaine. Tous les signes indiquent que l'administration Obama avait décidé d'abandonner les exilés en échange de la volonté de Téhéran d’engager un dialogue politique. Le groupe d’opposition, attaqué de nouveau en 2011, a été transféré d'Achraf vers un autre site plus éloigné de la frontière, connu sous le nom de camp Liberty en 2012. Mais le harcèlement par les autorités pro-iraniennes de Bagdad a pris de l'ampleur, Téhéran refusant de tolérer la moindre présence des militants de la liberté dans ce pays de l’autre côté de sa frontière (...) L’erreur stratégique de Washington est énorme ... Elle serait l'équivalent des Britanniques faisant partir le général De Gaulle et ses Forces françaises libres d’Angleterre pendant qu’Hitler préparait son assaut.
 
Dr Walid Phares est l'auteur de The Lost Spring: US Policy in the Middle East and Catastrophes to Avoid. Il conseille les parlementaires des deux côtés de l'Atlantique http://hnn.us/blog/153348