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Le Monde - Deux anciens parlementaires, l’un américain, Patrick Kennedy et l’autre français, Gilbert Mitterrand, dans une tribune au « Monde », appellent les Occidentaux à tenir compte d’une nouvelle réalité en Iran, celle d’un possible changement de régime de l’intérieur.

La question iranienne a été au centre des pourparlers avec Donald Trump lors du voyage d’Emmanuel Macron à Washington, où le président français est le premier chef d’Etat étranger à recevoir les honneurs d’une visite d’Etat depuis l’installation du locataire de la Maison Blanche.

La France évoque un plan à quatre volets à l’issue des entretiens à propos de l’Iran : bloquer l’activité nucléaire iranienne jusqu’en 2025, empêcher ces activités à plus long terme, mettre un arrêt à la prolifération balistique de l’Iran et créer des conditions de stabilité politique dans la région.

La conférence de presse des deux présidents semble relater un rapprochement des vues des deux côtés de l’atlantique. « Nous n’avons pas les mêmes positions de départ sur ce point » et « nous avons eu une discussion très approfondie sur le sujet », a déclaré M. Macron, avant d’ajouter espérer « pouvoir travailler à un nouvel accord avec l’Iran ». De son côté M. Trump a réclamé un nouvel accord avec des fondations solides. Il a qualifié l’accord de juillet 2015 sur le nucléaire iranien d’un « accord aux fondations pourries, c’est un mauvais accord, une mauvaise structure ».

« La discussion que nous avons eue ensemble permet, en tout cas, d’ouvrir la voie de ce nouvel accord, qui me paraît indispensable », a souligné Emmanuel Macron. Cette discussion se fait sur fond de la menace de l’administration Trump de se retirer le 12 mai de l’accord sur le nucléaire iranien, si aucune garantie n’est donnée pour contenir « le régime iranien qui soutient le terrorisme et exporte la violence et le chaos à travers le Proche-Orient » selon Donald Trump.

UN NOUVEAU CONTEXTE DANS LE PAYS

L’Europe et la France en première ligne, s’étaient données pour mission de convaincre Téhéran à faire baisser les tensions. « L’Iran a des programmes balistiques de plusieurs milliers de kilomètres de portée qui ne sont pas conformes aux résolutions du Conseil de sécurité et dépassent les seuls besoins de sécurité des frontières de l’Iran », estimait Jean-Yves Le Drian avant de s’envoler pour Téhéran le 5 mars pour appeler les autorités iraniennes à cesser les essais balistiques et leur livraison aux milices inféodés au Yémen, Irak, Syrie, et Liban. Le ministre français des affaires étrangères s’était heurté à une fin de non-recevoir de la part des représentants du Guide suprême iranien, Ali Khamenei, qui a le dernier mot sur les affaires du pays.

Ces positions des deux puissances font suite à l’intransigeance de Téhéran mais sont aussi le fruit d’un tout nouveau contexte à l’intérieur de ce pays. Les négociations sur le nucléaire iranien interviennent au lendemain d’une période troublée dans le pays. En janvier, des manifestations populaires ont embrasé plus d’une centaine de villes, faisant une cinquantaine de morts.

L’ampleur et l’étendue du mouvement contre la misère économique et la tyrannie sont venues confirmer la volonté d’un peuple décidé à s’affranchir du pouvoir islamiste. Un régime qui a dilapidé les immenses richesses du pays dans la corruption et dans un militarisme effréné. Incapable de répondre aux besoins essentiels de sa population, à l’instar de tous les systèmes totalitaires, la théocratie iranienne voit le salut dans ses ingérences militaires et dans la poursuite de son programme balistique agressif.

Dans son discours devant le corps diplomatique, le 4 janvier, Emmanuel Macron insistait à juste titre : « Il y a aujourd’hui une crise qui se joue en Iran. Cette crise est l’expression libre du peuple iranien. Et elle montre, si besoin était, que nous avions raison de penser que le changement ne viendrait pas de l’extérieur pour ce qui concerne l’Iran. Il ne viendra que du peuple iranien lui-même. Et notre rôle en la matière est d’être ces vigies exigeantes, scrupuleuses qui doivent, de là où elles sont, s’assurer à ce qu’aucun de ces droits ne soit bafoué. Et nous serons, à ce titre, vigilant et intransigeant. »

GRONDE SOCIALE

Réagissant aux manifestations en Iran, son homologue américain Donald Trump déclarait pour sa part : « Le monde vous regarde (…). Il faut saluer les manifestations pacifiques des citoyens iraniens qui en ont marre de la corruption du régime et du gaspillage de la richesse du pays pour subventionner le terrorisme à l’extérieur ».

Depuis la révolte de janvier, le pays est traversé par une gronde sociale que le régime peine à éteindre. Des victimes spoliées par les banques et établissements de crédit en faillite, des travailleurs non-payés depuis des mois, des agriculteurs privés d’eau en raison de l’assèchement artificiel des rivières, des commerçants de bazar en grève en raison du cours du rial en chute libre et des minorités ethniques en colère contre les discriminations, manifestent chaque jour dans le pays sans obtenir satisfaction.

Pendant ce temps, les groupes de jeunes s’organisent, les opposants se mobilisent et préparent le prochain sursaut populaire. La dictature religieuse n’est pas une fatalité qui colle à la peau des Iraniens. Ils sont décidés à s’affranchir et nous devons les soutenir.

C’est dans ce contexte qu’Emmanuel Macron et Donald Trump doivent décider de l’attitude à adopter vis-à-vis de Téhéran. La solution au problème iranien ne saurait être une autre guerre désastreuse dans la région. Tout aussi désastreuse serait une politique de complaisance qui risque d’enhardir le régime dans ses funestes visés. Une politique avisée doit avant tout prendre en considération le contexte interne du pays et faire écho aux événements qui ébranlent le pays depuis le début d’année. Car force est de constater que quelque chose a changé en Iran, une nouvelle option s’est fait jour : la possibilité d’un changement de régime de l’intérieur.

LA QUESTION DES DROITS DE L'HOMME

Contrairement à l’histoire récente dans la région, ce n’est pas le chaos qui attend le peuple iranien. Plusieurs décennies de théocratie ont permis à ce peuple intelligent de s’organiser. Le président des mollahs a d’ailleurs dévoilé dans son échange téléphonique avec le président français, sa crainte profonde de l’efficacité de l’opposition des Moudjahidine du peuple. La crainte de voir l’idéal d’un Etat démocratique et laïc motiver les Iraniens et les Iraniennes à s’émanciper.

Dans ces conditions, les Iraniens attendent des gestes concrets de la part des Occidentaux. Outre le nucléaire, l’ingérence régionale et le programme balistique, le régime doit être tenu de rendre des comptes sur la question des droits de l’homme.

Notre soutien à leurs revendications pour l’arrêt des exécutions, la libération des prisonniers politiques et la liberté de manifester, sera perçu comme une expression claire de notre engagement pour favoriser le changement en Iran.

Seul un Iran démocratique et laïque garantira la fin des menaces nucléaire, balistique et déstabilisatrice des mollahs. Elle favorisera également l’émancipation des énergies de ce grand peuple talentueux et dynamique et sa contribution à un Moyen-Orient apaisé et en paix.

 

IRAN 
Septembre 2018

  29 exécutions

(Janvier: 22 exécutions, février: 17 exécutions, mars: 12 exécutions, avril: 33 exécutions, mai: 19 exécutions, juin: 17 exécutions, juillet: 40 exécutions, aout : 28 exécutions)

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En 2017 = 544 EXECUTIONS

En 2016 : 553 EXECUTIONS

En 2015 : 966 exécutions