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FrancetvInfo - Par Alain Chemali - Coup de chaud sur les relations entre Nouakchott et Téhéran. Après le Maroc, qui les a rompues, c’est au tour de la Mauritanie de dénoncer le prosélytisme iranien sur son territoire. Les autorités ont convoqué l’ambassadeur de la République islamique pour protester contre les activités de l’Association de l’Imam Ali qui «menace la stabilité du pays» et deux autres centres culturels ont été fermés.

Le ministère mauritanien des Affaires étrangères et de la coopération a convoqué le 25 mai 2018 Mohamed el-Amrani, l’ambassadeur de la République islamique d’Iran à Nouakchott, pour protester contre le prosélytisme mené par la représentation diplomatique.

Aucune activité visant à changer la croyance des Mauritaniens ne sera tolérée

Selon le site mauritanien Saharamedia.net qui a révélé l’information, il a été signifié au diplomate que la Mauritanie «ne tolérerait aucune activité de l’ambassade, ou de toute partie liée à elle, visant à changer la confession ou la croyance de la société mauritanienne».

Les autorités reprochent en effet au «Centre de l’Imam Ali» d’être devenu une véritable husseiniyya (lieu de culte chiite) dans la capitale. Un lieu affilié à l’Association «Ahl al-Beit» (La famille du prophète), créée par les autorités iraniennes et chargée de distribuer des bourses d’études ou d’envoyer des personnes en Iran et au Liban pour être formés au chiisme.

Outre la suspension des activités de cette instance culturelle, qui «menace l’unité et la croyance de la société mauritanienne», les autorités ont destitué l’imam du centre de culte, placé désormais sous l’autorité du ministère des Affaires islamiques, et l’ont remplacé par un autre, d’obédience sunnite plus conforme au culte pratiqué dans le pays.

Le développement d'une communauté chiite après une visite du président à Téhéran

Un «tour de vis contre les sphères d’influence chiite qui s’est poursuivi le 29 mai 2018 avec la fermeture de deux centres culturels à Nouakchott», rapporte le site marocain Yabiladi.

Ce dernier rappelle qu’une forte présence chiite a commencé à se développer en Mauritanie au lendemain de la visite du président Mohamed Ould Abdel Aziz à Téhéran en janvier 2010.

Depuis, écrit Yabiladi, ils ont un leader, Bakkar Ould Bakkar, qui revendique plus de 50 000 fidèles. Il accuse le pouvoir de persécuter les chiites et multiplie les pèlerinages dans les villes sacrées du chiisme en Irak et en Iran. Il aurait même été élu, en août 2016, chef de tous les chiites africains.

La décision de Nouakchott intervient toutefois un mois après celle de Rabat, qui a rompu ses relations diplomatiques avec Téhéran le 1er mai 2018, en raison du soutien du Hezbollah libanais pro-iranien au Front Polisario, selon le royaume.

Vers un rapprochement de Nouakchott avec l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis

Certains observateurs, comme Yabiladi, y voit «un processus appelé à durer dans le temps, qui rapprochera davantage le pays avec ses alliés du Golfe, notamment l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis».

«Deux Etats avec lesquels le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz entretient d’étroites relations. En témoigne la rupture des relations avec le Qatar en mai 2017 en solidarité avec Ryad et Abou Dhabi», précise encore le site.

La dégradation des relations avec la République islamique d’Iran pourrait également avoir des retombées en politique intérieure.

Elle permettrait au président de regagner la confiance de ses coreligionnaires sunnites, notamment ceux qui comme le Parti Al Islah, le député Mohamed Ould Ahmed Talben, et l’imam Ahmadou Ould Imrabet, le mettaient en garde contre l’expansionnisme iranien, et de briguer un troisième mandat lors du scrutin présidentiel de 2019.