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Par Jay Solomon

Wall Street Journal, 2 juillet – L'unité militaire d'élite de l'Iran, le Corps des gardiens de la révolution, a transféré de nouvelles munitions mortelles à ses alliés en Irak et en Afghanistan ces derniers mois, selon de hauts responsables américains, dans une tentative d'accélérer le retrait américain de ces pays.

Les Gardiens de la révolution ont fait passer engins explosifs propulsés par des moteurs de roquettes à leurs milices alliées en Irak, des armes qui ont déjà provoqué des morts dans les troupes américaines, disent les agents de la Défense.

Ils affirment que les Iraniens ont également donné des roquettes de longue portée aux Talibans en Afghanistan, ce qui a permis d'augmenter la capacité des insurgés à frapper les positions des États-Unis et d'autres coalitions d'une distance plus sure.

De telles livraisons d'armes intensifieraient la compétition dans l'ombre pour l'influence entre Téhéran et Washington à travers le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, attisée d’un côté par les préparations américaines pour réduire les forces depuis les deux guerres, et de l’autre par les révoltes politiques qui balaient la région.

Les États-Unis se débattent avec les conséquences des soulèvements contre des alliés arabes de longue date, de la Tunisie au Bahreïn, et tentent de laisser derrière eux des gouvernements stables et amis en Afghanistan et en Irak. L'Iran semble chercher à gagner du terrain politique au milieu de ces bouleversements et à rendre les retraits américains aussi rapides et douloureux que possible.

« Je pense que nous sommes probablement en train de voir ces groupes soutenus par les Iraniens maintenir de hauts niveaux d'attaques » à l'approche de la date de retrait, a déclaré le général de division James Buchanan, porte-parole en chef de l’armée américaine en Irak. « Mais ils ne vont pas nous empêcher de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour aider les forces de sécurité irakiennes ».

En juin, 15 militaires américains sont morts en Irak, le plus haut chiffre mensuel de victimes là-bas en plus de deux ans. Les États-Unis attribuent toutes ces attaques aux milices chiites qui sont, dit-on, entraînées par les gardiens de la révolution plutôt qu'à Al-Qaïda ou d’autres groupes sunnites qui étaient jusqu'à ces dernières années les forces les plus armées à l'intérieur de l'Irak.

En Afghanistan, le Pentagone a ces derniers mois tracé jusqu'en Iran l'acquisition par les Talibans de roquettes qui permettent aux combattants de doubler à peu près la portée des cibles de l'OTAN et des États-Unis visées. Des autorités américaines ont déclaré que l'étiquetage des roquettes ainsi que le lieu de leur découverte leur ont donné un « grand degré » de certitude qu'ils proviennent des unités des gardiens de la révolution extraterritoriaux, la Force Qods.

Des responsables de la Défense américaine sont également de plus en plus inquiets de l'accroissement des activités militaires de l'Iran dans le Golfe Persique qui pourrait involontairement déclencher un affrontement. Un certain nombre de collisions évitées de justesse entre les Iraniens et des bateaux et avions alliés dans ces eaux ces derniers mois a poussé les agents de la Marine à appeler à une meilleure communication dans le Golfe.

La politique étrangère iranienne sure d'elle-même arrive au milieu de la lutte pour le pouvoir grandissante entre le président Mahmoud Ahmadinejad et le guide suprême l'ayatollah Ali Khamenei. De nombreux assistants parmi les plus proches du président ont été détenus ces dernières semaines sur des prétendues accusations de corruption, provoquant des interrogations quant à savoir si Ahmadinejad finira ou non son mandat. Des responsables américains et européens disent également que l'Iran devient de plus en plus agressif dans sa tentative d'influencer les rebellions politiques à travers le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Téhéran est soupçonné d'avoir dépêché des conseillers militaires en Syrie afin d'aider le président Bashar al-Assad à mater le soulèvement populaire.

Ces derniers mois, selon des fonctionnaires américains, l'Iran a également augmenté ses activités de renseignements et de propagande en Égypte, au Bahreïn et au Yémen, des pays dont les dirigeants pro-américains sont tombés ou sous une pression intense.

Les fonctionnaires iraniens ont nié cette semaine dans des entretiens ou des briefings un quelconque rôle joué par les gardiens de la révolution dans l'armement des militants en Irak et en Afghanistan. Ils ont accusé les États-Unis de concocter ces histoires pour justifier le maintien de la présence militaire américaine dans la région.

« Il s'agit de la propagande de la part des Américains. Ils sont inquiets car ils doivent quitter très bientôt l'Irak, selon leur plan », a déclaré le porte-parole du ministère des affaires étrangères iranien Ramin Mehmanparast.

« Ils feraient mieux de rentrer chez eux pour s'occuper de leurs problèmes internes ».

Les responsables iraniens ont également accusé les États-Unis et Israël de s’ingérer dans les affaires iraniennes, notamment en assassinant des scientifiques nucléaires iraniens et en soutenant les groupes d'opposition. Les États-Unis et Israël ont démenti ces informations.

Ces dernières semaines, les dirigeants iraniens ont invité les présidents afghan, pakistanais et irakien à Téhéran pour discuter des affaires régionales. De hauts responsables iraniens ont précisé lors de ces réunions qu'ils voulaient un départ accéléré des forces américaines de la région.

« Les Américains veulent avoir des bases permanentes en Afghanistan, et c’est dangereux parce que la sécurité réelle ne sera pas établie tant que les forces militaires américaines seront présentes», a déclaré l'ayatollah Khamenei au président afghan Hamid Karzaï la semaine dernière, selon les médias officiels iraniens.

L'Irak a été, ces dernières années, un terrain d’affrontement par procuration pour les États-Unis et l'Iran. Des responsables américains en Irak ont déclaré que la Force Qods forme et arme les trois principales milices qui ont attaqué ces derniers mois les forces américaines et irakiennes. Le Kata'ib Hezbollah, ou Brigade du Parti de Dieu, est considéré comme la milice recevant le plus d'ordres directs des commandants des gardiens de la révolution en Iran. Deux autres milices, la Brigade de Jour Promis et Assa'ib Ahl al-Haq, sont des ramifications de l'Armée du Mahdi dirigée par le mollah anti-américain Muqtada al-Sadr, qui vit actuellement en Iran.

Ces six derniers mois, le Kata’ib Hezbollah a intensifié les attaques contre des forces américaines utilisant des armes appelées IRAMs, ou engins explosifs propulsés par des moteurs de roquettes. Les armes sont souvent des réservoirs de propane remplis de centaines de kilos d'explosifs et propulsés par des roquettes. Les miliciens lancent les armes de l’arrière de camions à plateau.

Le Kata'ib Hezbollah a revendiqué une attaque le 6 juin avec des IRAM qui a tué six soldats américains à la base américaine de Camp Victory, près de l'aéroport international de Bagdad. Cette semaine, trois autres Américains ont été tués quand un IRAM a frappé une base du désert à quelques kilomètres de la frontière iranienne, dans la province irakienne de Wassit, selon des responsables américains.

« Nous pensons que les milices se considèrent en compétition les unes avec les autres », a déclaré le général Buchanan. « Elles veulent s'attribuer le mérite de notre départ d'Irak. »

Les États-Unis pensent que l’engagement iranien en Afghanistan est sensiblement inférieur à celui en Irak. Mais les responsables américains ont déclaré avoir vu des preuves évidentes indiquant que les gardiens de la révolution ont transféré des roquettes à longue portée vers des éléments des talibans qui améliorent sensiblement leur capacité à cibler les forces américaines ainsi que d'autres forces de l'OTAN.

En février, les forces britanniques ont intercepté un chargement de quatre douzaines de roquettes de 122 millimètres circulant à travers la province afghane déserte de Nimrouz près des frontières iranienne et pakistanaise. Les roquettes ont une portée estimée d'environ 20 kilomètres, soit plus du double de la distance de la majeure partie des autres roquettes des talibans.

« C'était la première fois que nous voyions cette arme », a déclaré un haut responsable américain de la défense en Afghanistan. « Nous avons vu cela comme une légère montée des enchères par rapport au type de soutien dont nous avons été témoins par le passé. »

Des responsables américains ont souligné que la majeure partie de l'influence iranienne en Afghanistan passe par la « puissance douce »- les affaires, l'aide et la diplomatie. Mais ces responsables ont déclaré que le déploiement de davantage de forces américaines et de l'OTAN le long de la frontière afghano-iranienne dans le cadre de la « poussée » en Afghanistan de l'administration Obama semble avoir provoqué le sentiment d'insécurité de l'Iran.

Ces responsables ont déclaré que le soutien de l'Iran aux talibans semble croître et décroître selon la réussite apparente de Washington et de l'OTAN à stabiliser l'Afghanistan. L'Iran à majorité chiite a traditionnellement considéré les talibans, un groupe sunnite, avec une certaine appréhension. Les deux parties se sont presque livrées une guerre en 1998 après que les talibans aient exécutés des diplomates iraniens basés au centre de la ville afghane de Mazar-i-Sharif.

«Ils soutiennent les talibans parce qu'ils veulent que nous partions », a déclaré le responsable américain en Afghanistan. « Si nous marquons des points, je peux les voir intensifier leur soutien. S'ils marquent des points, ils resteront probablement calmes. »

En grande partie à cause de la méfiance croissante sur le soutien de l'Iran aux milices chiites en Irak, les États-Unis envisagent de modifier leurs plans de retrait du pays, déclarent des responsables de l'administration et la défense.

Toutes les forces américaines doivent partir à la fin de l'année, mais de hauts responsables américains ont laissé entendre qu'ils souhaiteraient vivement que Bagdad demande aux États-Unis de maintenir une force viable dans le pays au-delà de cette date. Certains responsables de l'administration et de l'armée ont parlé de maintenir 10.000 soldats en Irak.

Des responsables militaires et des analystes de la défense citent l'Iran comme une raison primordiale du prolongement de la présence américaine. Ils disent que l'Iran tente d'utiliser son armée, qui est bien plus puissante que celle de l'Irak, ainsi que les milices chiites par procuration au sein de l'Irak pour faire pression sur Bagdad afin qu'il maintienne des liens étroits avec Téhéran.

L'Amiral William McRaven, candidat désigné du gouvernement pour mener le commandement des opérations spéciales, a déclaré à une commission du Sénat cette semaine qu'il était favorable au maintien d'une force de commandos en Irak, qui serait libre de neutraliser les menaces.


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