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Arc-en-Ciel, n°61:  (...) Quel est en fin de compte la réalité des Gardiens de la révolution, leur puissance mais aussi leurs limites ? Quelles est leur véritable marge de manœuvre ? La lecture de l’excellent livre de Mehdi Abrichamtchi qui leur est consacré « les Gardiens de la révolution, l’armée intégriste et terroriste », publié aux éditions Jean Picollec et préfacé par l’ancien Premier ministre d’Algérie, Sid Ahmed Ghozali, est incontestablement le livre qui apporte le plus grand éclairage sur cette force obscure.

 L’auteur n’a pas été qu’un observateur avisé mais un véritable acteur de ces 40 dernières années de l’histoire de l’Iran. Un des hauts responsables des Moudjahidine du peuple sous le chah, il passe plus de sept ans dans les geôles du monarque. Il s’oppose ensuite au vieil ayatollah avant d’être contraint à l’exil. Il sait donc de quoi il parle. Il a publié plusieurs ouvrages sur l’Iran et il est considéré comme une des personnes les mieux renseignées sur ce pays, surtout sur le pouvoir en place qu’il combat avec intelligence et conviction. Ce livre, est en réalité un ouvrage de référence pour les spécialistes. Bien que paru en 2008, il est passé inaperçu des amateurs. Comme l’écrivait le Magazine des Livres « l’information la plus précieuse est celle qui passe le plus souvent inaperçue. En témoigne le livre que voici (…) écrit par un des observateurs les plus qualifiés de son pays. »

Une force impitoyable

On y découvre que l’implication des Gardiens de la révolution ne date pas d’hier, que cette force a toujours été le pilier et la colonne vertébrale des mollahs au point que Khomeiny disait d’elle : « ce pays n’existerait pas sans les Pasdaran ». Khomeiny cherchait une force impitoyable, « écartant tout sentiment », privilégiant les intérêts du régime prêt à « éliminer de nombreuses personnes pour ces intérêts ».  Il l’a trouvée au sein des Gardiens de la révolution qui, selon la constitution de la république islamique, sont chargés de préserver les « acquis » de cette révolution, à savoir le pouvoir islamiste.

Abrichamtchi nous rappelle pourtant un point fondamental de ce régime qui permet de ne pas s’égarer. Ce pouvoir est basé sur un pouvoir absolu d’un Guide suprême religieux désigné à vie qui est l’essence même du système. Le pouvoir de tout, y compris des Gardiens de la révolution émane de ce Guide. Un pouvoir confirmé par la constitution qui reconnaît sa tutelle sur l’ensemble de l’appareil et le fait commandant en chef des forces armées, mais aussi celui par qui toutes les décisions importantes doivent passer. Les Gardiens de la révolution doivent donc leur existence au Guide suprême qu’ils sont tenus de protéger et auquel ils doivent prêter allégeance et non l’inverse.

Par conséquent la première règle est que l’autorité des Gardiens de la révolution s’arrête là où le Guide suprême le désire.

Ce désir fondamental et les outils donnés au Guide, Ali Khamenei, fait que le scénario d’un coup d’Etat des Gardiens de la révolution, ou l’émergence d’un napoléon-pasdaran appartient au domaine du ridicule.

 Il est acquis que l’effritement du pouvoir du Guide devenu la cible privilégiée des manifestants qui réclament la chute de son système, a isolé Khamenei au sein du reste du clergé chi’ite. Mais c’est loin d’être une bataille entre mollahs et laïcs. C’est une bataille au sein du clergé. Dans la mêlée, les gardiens de la révolution se trouvent dans le camp du clergé détenteur du système qui les nourrit.

Mehdi Abrichamtchi, qui préside la commission de la paix du Conseil national de la Résistance iranienne, et dont le mouvement a été le premier à dévoiler l’existence du programme atomique clandestin du régime et les sites nucléaires de Natanz et d’Arak, explique comment l’ensemble du projet de construction de la bombe au sein du régime est contrôlé par les Gardiens de la révolution. L’ouvrage explique, photos à l’appui, que le centre de commandement et de contrôle de la production de la bombe atomique se trouve dans l’enceinte de l’université Malek Achtar qui appartient aux Gardiens de la révolution en plein centre de Téhéran et dont le cerveau est un membre des pasdaran : Mohsen Fakhrizadeh Mahabadi.

Leur échec

L’auteur de l’ouvrage nous confirme toutefois que bien que les Pasdaran et leurs familles ne constituent pas plus de 2% de la population, il n’en demeure pas moins que leurs chefs étendent aujourd’hui leur mainmise sur toutes les structures étatiques du gouvernement et du parlement aux grandes entreprises dans le domaine du pétrole et du commerce, en passant bien sûr par le contrôle de l’appareil de répression. On découvre que les effectifs des pasdarans ne dépassent pas 179.000 personnes, dont 5000 affectés à la force aérienne, en réalité pour contrôler l’arsenal balistique et les missiles de moyenne et longue portée, 8000 à la marine et 21.000 hommes à la force extraterritoriale Qods. Cette force Qods est chargée de commander et d’entrainer les groupes d’obédience intégriste à travers le monde. On apprend que l’ambassadeur iranien à Bagdad est un officier de cette force. Ce livre nous donne d’ailleurs une idée précise de l’infiltration du régime iranien dans les rouages de l’Irak d’après guerre.

Ce qu’il faut ajouter aujourd’hui, c’est qu’après les dix mois de situation insurrectionnelle qui ont suivi les élections frauduleuses de juin 2009, l’échec des forces de répression à contrecarrer les manifestations a sérieusement sapé le moral des troupes et surtout le prestige des Gardiens de la révolution à pouvoir réprimer efficacement. De nombreux cas de désobéissance ont été signalés dans les rangs et le tabassage d’un des principaux commandants des forces de sécurité de Téhéran par une jeune fille durant une manifestation n’a pas arrangé les choses. C’est pourquoi pour sauver la face, le régime propage une rumeur selon laquelle les Gardiens de la révolution n’ont pas pris part à la répression. Pourtant les fameux « Lebass Chakhsi » (agents en civil) qui sont les plus cruels, ne sont que des officiers des Pasdaran habillés en civil. En matière de répression tous les commandants de la milice du Bassidj, des forces de sécurité nationale et de la police, du ministère de la Défense et même de l’armée régulière, sont issus des Pasdaran.

Selon les ordonnances internes des forces de sécurité, en cas de crise majeure on passe au code rouge. Alors la police et les forces spéciales de sécurité passent sous le commandement des Gardiens de la révolution. C’est ce qui s’est passé le 7 et le 27 décembre ainsi que le 11 février dernier. Depuis le 20 juin 2009 le commandement de la répression à Téhéran est passé aux mains de la base Sarollah qui abrite la division Mohammad Rassoulollah des pasdarans chargée de contrer l’émeute à Téhéran.

Les entreprises des pasdarans composent aujourd’hui les principaux complexes financiers du pays contrôlant près de 60% des importations et 30% des exportations sans compter l’industrie pétrolière. Il est donc hors de question pour cette force de laisser le régime s’effondrer sans opposer une résistance.

Une militarisation de l’ensemble du système certes, mais cela ne diminue guère le caractère religieux et la mainmise du guide suprême sur le pouvoir, bien au contraire.

Les événements qui se succèdent en Iran, tout particulièrement depuis l’élection présidentielle et l’éviction d’une faction contestataire du pouvoir confirment avant tout l’incapacité de ce régime de se réformer de l’intérieur et surtout pas l’émergence d’une force crédible au sein des Gardiens de la révolution. La solution est de toute évidence ce que prône le peuple iranien dans la rue (le renversement du système du guide suprême) et de son appareil de répression (les Pasdaran). Pour cela au lieu de prôner le soutien à une ou l’autre faction, il faudrait que les pays démocratiques se placent du côté du peuple iranien et décrètent des sanctions sévères contre ce pouvoir comme au temps de l’apartheid en Afrique du Sud.

IRAN 
DECEMBRE 2019

 12 exécutions

Soulèvement national

1000 manifestants tués

4000 blessés

12.000 arrestations

dans 190 villes insurgées

Janvier: 39 exécutions; Février: 7 exécutions; Mars: 16 exécutions ; Avril: 28 exécutions; Mai: 5 exécutions; Juin: 22 exécutions; Juillet: 38 exécutions; Aout: 40 exécutions; Septembre: 18 exécutions; Octobre: 23 exécutions; Novembre: 15 exécutions

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En 2018 = 293 EXECUTIONS

En 2017 = 544 EXECUTIONS

En 2016 = 553 EXECUTIONS

En 2015 : 966 exécutions

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