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Par Suadad al-Salhy

Reuters, 16 octobre - Des dizaines de miliciens chiites irakiens se battent en Syrie, souvent aux côtés des troupes du président Bachar el-Assad, et jurent loyauté au dirigeant religieux chiite suprême de l'Iran, selon des combattants de la milice et des politiciens en Irak.

 

L'implication de la milice chiite irakienne dans le conflit en Syrie montre combien la crise a rapidement tourné en une guerre par procuration entre l'Iran chiite le principal allié d'Assad et les États arabes sunnites du Golfe soutenant principalement les rebelles sunnites combattant le président.

Le conflit a dores et déjà amené un flot de combattants islamistes sunnites à travers la région attirés par la cause rebelle, tandis que de l'autre côté les rebelles syriens accusent le Hezbollah chiite du Liban à soutenir les troupes d'Assad sur le terrain.

Pour les chiites irakiens qui suivent l'ayatollah iranien Ali Khamenei, le soulèvement en Syrie menace l'influence chiite et les combattants irakiens qui y sont présents disent considérer comme un devoir d'aider Assad en raison de leur loyauté à la plus haute autorité de la république islamique.

Parmi eux se trouvent des déserteurs et d'anciens combattants de l'Armée de Mehdi du religieux irakien anti-américain Moqtada al-Sadr, du groupe Badr, d'Asaib al-Haq et du Hezbollah Kata'ib soutenus par l'Iran, des milices autrefois engagées dans une guerre sanglante contre les troupes américaines, disent des miliciens chiites et des politiciens irakiens.

Des politiciens chiites disent que les miliciens combattant en Syrie n'ont pas d'autorisation officielle de la direction de leur milice ni du gouvernement irakien dirigé par les chiites qui est pris dans un équilibrisme délicat entre ses alliés de Téhéran et les puissances occidentales et arabes appelant au départ d'Assad.

Certains parmi les miliciens irakiens sont d'anciens combattants de l'Armée du Mahdi réfugiés en Syrie après 2007 lorsque leur groupe a été écrasé par les forces irakiennes. D'autres, loyaux à Khamenei en tant qu'autorité religieuse, ont passé la frontière récemment, disent des combattants et des politiciens irakiens.

« Nous formions la brigade Abu al-Fadhal al-Abbas qui comprend 500 Irakiens, Syriens et quelques autres nationalités. », a déclaré à Reuters via téléphone satellite depuis la Syrie un déserteur de l'Armée du Mahdi qui répond au nom d'Abu Hajar.

« Lorsque les combats ont éclaté dans nos régions, nous avons mené quelques opérations militaires conjointes aux côtés de l'armée syrienne pour nettoyer les régions saisies par les rebelles », a dit Abu Hajar, qui comme d'autres était réfugié en Syrie avant le conflit.

La brigade est nommée d'après Abu al-Fadhal al-Abbas, un frère de l'Imam Hussein Bin Ali, un petit-fils du Prophète Mahomet. Al-Abbas a été tué avec son frère il y a plus de 1300 ans, et depuis lors il est devenu un symbole du sacrifice pour l'Islam chiite.

Un autre déserteur de l'Armée du Mahdi, Abu Mujahid, qui est récemment revenu de Syrie pour voir sa famille dans la ville irakienne de Najaf, a déclaré que la mission de son groupe en Syrie était limitée à protéger le sanctuaire chiite légendaire de Sayeida Zeinab ainsi que ses environs chiites.

« Notre mission est de protéger le sanctuaire, les zones chiites et les bureaux du Marjaiya », a dit Abu Mujahid. « Nous n'avons pas de champ de bataille précis, mais, de temps en temps, nous menons des raids avec l'armée contre les sites de l'Armée de Libération syrienne. »

MARTYRS ET TORTURE

Les rebelles syriens considèrent les miliciens chiites comme une milice pro-Assad. Certains ont été capturés et tués au combat, ont affirmé des miliciens et des familles de la région en Irak.
 
Dans le quartier chiite d'Ammen à Bagdad, un grand panneau récemment érigé montre la photographie d'un milicien barbu de l'Armée de Mehdi dont l'affiche proclame qu'il est tombé « martyr » en février. Les familles du quartier disent qu'il a été tué au combat en Syrie.

Une vidéo postée sur Youtube le mois dernier par des rebelles syriens montrait un jeune homme nommé Ahmad al-Maksosi dont le visage apparaissait enflé avec des marques de coups et de torture pendant qu'il confessait être un combattant de l'Armée du Mahdi.

Les miliciens chiites irakiens ont déclaré que Maksosi était un de leurs camarades combattant avec eux dans un des quartiers de Sayeida Zeinab. Ils ont affirmé qu'il avait été enlevé et torturé par l'Armée de Libération syrienne avant d'être tué.

Abu Mujahid, Abu Hajar ainsi que des politiciens chiites irakiens connaissant des milices, ont affirmé que ceux qui allaient en Syrie étaient des volontaires voyageant individuellement avec leur propre passeport par des chemins réguliers.

Ils ont affirmé qu'il y avait des contacts chargés de recevoir et d'organiser les volontaires, les armant et les dirigeant dans leurs tâches, mais tous affrontaient le problème du financement, disant qu’il provient en majorité de quelques marchands irakiens en Syrie.

Les dirigeants de l'organisation Badr, d'Asaib al-Haq et de l'Armée du Mahdi ont déclaré à Reutersne pas avoir envoyé de combattants en Syrie parce qu'ils pensent que le soulèvement constitue une affaire interne. Envoyer des combattants aurait été une intervention dans les affaires syriennes.

« Nous n'avons envoyé personne en Syrie (…) certains pensent que combattre en Syrie est légitime, peut-être donc des individus y sont allés sans coordination avec leurs dirigeants. », a déclaré un haut dirigeant de l'organisation Badr, qui s'exprimait sous condition d'anonymat.

Le soulèvement de la Syrie est un cauchemar politique pour le gouvernement irakien dirigé par des chiites qui pense qu'une chute chaotique d'Assad fracturerait la Syrie en lignes sectaires et produirait un régime musulman sunnite hostile et intransigeant qui pourrait semer la zizanie dans le propre mélange communautaire inflammable sunnite-chiite en Irak.

L'Irak affirme avoir une politique de non-ingérence en Syrie – mais reste proche de la position de Téhéran en refusant de soutenir les exigences de l'Occident et de la Ligue Arabe pour le départ d'Assad, dont la confession minoritaire alaouite est une ramification de l'islam chiite.

Les États-Unis, les alliés européens, la Turquie et les États arabes du Golfe se sont ralliés à l'opposition syrienne pendant que l'Iran, la Russie et la Chine soutiennent Assad, dont la famille et la secte minoritaire alaouite dominent la Syrie depuis 42 ans.

L'INFLUENCE DE L'IRAN

L'Iran dirigé par des chiites a tenté de bloquer un mouvement de l'Occident et des nations musulmanes sunnites alliées aux États-Unis perçu pour réduire son propre pouvoir au Moyen-Orient et craint le succès du soulèvement mené par les sunnites en Syrie.

Les miliciens et les politiciens irakiens disent qu'il semble ne pas y avoir de combattants iraniens sur le terrain en Syrie, mais que des experts et des officiers du Hezbollah libanais entraînent des hommes.

« L'Iran travaille là-bas en utilisant le Hezbollah, il y a des officiers et des miliciens du Hezbollah-Liban entraînant les citoyens et développant leurs aptitudes et capacités au combat. », a déclaré le milicien irakien Abu Mujahid.

L'Iran a désigné un haut dirigeant chiite irakien au sein de Badr – dont l'aile politique l'ISCI est étroitement soutenue par Téhéran – pour contrôler les groupes de milices et faire la coordination entre le gouvernement syrien et les groupes chiites irakiens, a déclaré un politicien allié aux groupes de milices.

« Les troupes de l'armée syrienne ne peuvent pas tout contrôler sur le terrain », a affirmé Abu Mujahid. « Elles viennent une heure ou deux, tous les jours, pour libérer les zones occupées des mains des rebelles et nous laissent le reste à nous et aux habitants chiites de ces zones. »

(Traduit de l'original en anglais)