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Le Monde - Des dizaines de milliers de Libanais se sont rassemblés samedi à travers le pays pour une troisième journée de manifestations contre la classe politique accusée de corruption, un mouvement inédit depuis des années qui paralyse le pays depuis jeudi.

En dépit des appels à la retenue de plusieurs responsables politiques ainsi qu’une intervention musclée des forces de l’ordre dans la nuit de vendredi et des dizaines d’arrestations, les manifestants se sont rassemblés à nouveau dans plusieurs villes du pays. Les rangs des manifestants n’ont eu de cesse de grossir aussi bien dans le centre de Beyrouth qu’à Tripoli, deuxième ville du pays, mais aussi à Tyr (sud), dans le Akkar (nord) et à Baalbeck (sud).

« Révolution, révolution », ont scandé des manifestants dans la capitale, quelques-uns portant une écharpe autour du visage après que des gaz lacrymogènes eurent été tirés la veille. « Les gens veulent la chute du régime », ont-ils aussi martelé.

Amnesty International a appelé les autorités « à mettre fin immédiatement à l’usage excessif de la force contre des manifestants pacifiques ». Les forces de l’ordre ont lancé d’« énormes quantités de gaz lacrymogène » contre la foule, « ont poursuivi des manifestants dans les rues (…) et les ont frappés », a fait savoir l’ONG dans un communiqué.

Plus du quart de la population sous le seuil de pauvreté
Plusieurs axes routiers ont été bloqués par des barricades dressées par des manifestants ou des bennes à ordure et des pneus incendiés. Le matin, l’armée avait rouvert des autoroutes, pendant que des volontaires nettoyaient le centre de Beyrouth. Des débris de verre des vitrines de magasins et de banques vandalisés jonchaient le sol, tandis que des morceaux de tôles avaient été installés devant des devantures pour les protéger. Les banques étaient encore fermées samedi.

Le mouvement de contestation a été déclenché par l’annonce jeudi d’une nouvelle taxe sur les appels effectués via les applications WhatsApp et Viber, annulée dans la foulée. Les manifestants conspuent l’ensemble des dirigeants les qualifiant de « voleurs ». Plus du quart de la population libanaise vit sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale. La classe politique, quasi inchangée depuis la guerre civile (1975-1990), est accusée de corruption et de népotisme dans un pays aux infrastructures en déliquescence.

Fait aussi rare que marquant, le mouvement a gagné plusieurs fiefs du puissant mouvement chiite du Hezbollah et de son allié Amal. A Tyr, où l’influent chef du Parlement et chef du parti Amal, Nabih Berri, avait été accusé d’escroquerie la veille par les manifestants, des dizaines de ses partisans s’en sont pris samedi aux contestataires, selon un témoin. Dans un communiqué, Amal a dénoncé ces agressions, affirmant vouloir « ouvrir une enquête ».

A Tripoli, dans le nord du pays, des enseignants et étudiants ont rallié les manifestants. Hoda Sayyour, la cinquantaine, assure ne pas vouloir déserter la rue. « Ils nous exploitent et ne font rien pour améliorer les services », déplore-t-elle.

Cette nouvelle journée de mobilisation n’était pas sans rappeler le soulèvement populaire inédit en 2005 ayant mis fin à 29 ans de tutelle syrienne sur le Liban.

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