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Iran Manif – Toute la semaine dernière des manifestations importantes ont secoué une dizaine de villes, grandes et petites, en Iran. Les slogans visaient autant la misère et l’inflation, que la corruption et la dictature religieuse. Loin d’être un mouvement isolé, c’est la suite d’une explosion de colère apparue en décembre dernier et dont les flammes n’ont cessé de brûler. Afchine Alavi, porte-parole de la résistance iranienne nous éclaire au micro de France Info, le 6 aout.  

France info : Nous sommes en ligne avec Afchine Alavi, bonjour. Vous êtes porte-parole des Moudjahidine du peuple d’Iran, membre du Conseil national de la Résistance iranienne basé en France. Vous luttez contre le régime iranien. Vous êtes considéré comme un organe de résistance et vous êtes interdit en Iran. Depuis plus d’une semaine les manifestations se multiplient à Téhéran, à Ispahan ou à Karaj. Pour vous de quoi sont les signes de ces rassemblements aujourd’hui ? 

Afchine Alavi : Comme vous le dites, ces rassemblements ont eu lieu dans des grandes villes mais également dans des villes de province et avec un caractère très virulent, une population très remontée contre le régime et des slogans très significatifs comme « Canons et pétards n’empêcheront pas les mollahs de ficher le camp », « A bas la dictature », « A bas Khamenei » ou « A bas Rohani » ou « Conservateur, réformateur, le jeu est terminé » et « Libérez les prisonniers politiques ». Donc tout cela signifie que la population est bien décidée de se débarrasser du régime des mollahs et il n’y a pas de doute là-dessous. Ce qui est très important, c’est que ces manifestations, qui ont pris de l’ampleur depuis le début de la semaine, ne datent pas d’aujourd’hui. En fait depuis le début de l’année, cela fait huit mois, qu’il ne se passe pas un jour en Iran sans qu’il y ait des grèves, des manifestations, des émeutes, bien que la répression n’ait pas du tout baissé. 

Le fort de ces émeutes était en janvier mais depuis force est de constater qu'elle est un peu retombée cette vague de protestation.

Je pense que ce dont il faut tenir compte, c’est que ces manifestations ont lieu alors que le régime est sorti de l’effet de surprise du début de l’année. Il est en état d’alerte maximale et continue à arrêter des gens, à exécuter et à faire disparaitre des gens… Malgré cela, des manifestations ont lieu. Et ça je pense que c’est un signe très important qui ne trompe pas. C’est pour cela que le caractère majeur est la poursuite et la continuité de ces manifestations, malgré la répression. 

Oui, mais quand même, il y a un mélange de protestation contre les sanctions américaines, contre la vie chère, contre la hausse des prix et contre le régime plus largement.

Je ne dis pas contre les sanctions américaines. Je pense que là-dessus il faut prendre un peu de distance par rapport à ce qui se dit trop facilement dans les médias ces jours-ci. J’essaie d’insister pour dire que les manifestations ont eu lieu avant même que les Américains se retirent de l’accord nucléaire. La situation économique, la pauvreté et le chômage datent de l’époque où l’accord nucléaire était en vigueur. Tout simplement parce que la cause de cette situation économique, avant d’être due à des sanctions étrangères, est due à l’incompétence du régime et à la situation de la mainmise sur l’économie des Gardiens de la révolution et des fondations religieuses du régime. Donc, la population le sait bien aujourd’hui, c’est d’ailleurs pour cela que les différentes factions du régime n’ont aucun pouvoir sur ces manifestations et ne peuvent plus les maitriser.

Le deuxième facteur très important c’est qu’aujourd’hui il y a une symbiose à l’intérieur de société iranienne entre cette population qui est excédée et la Résistance. D’où les slogans extrêmement politiques, alors que les causes sont multiples. Les causes de ces manifestations c’est le désastre environnemental, c’est la pénurie d’eau, c’est la misère, la pauvreté, le chômage. 

Mais quelles sont les figures politiques, les relais politiques qui vont porter cette voix des manifestants ? 

Aujourd’hui, si vous écoutez le régime, vous allez voir qu’à tous les niveaux on pointe du doigt les Moudjahidine du peuple d’Iran. Récemment encore, un conseiller majeur de l’armée iranienne en cybernétique, est passé aux aveux en disant que jusqu’à là les Moudjahidine surfaient sur des vagues alors que maintenant ce sont eux qui provoquent les vagues en Iran.  Il fait allusion à ces unités de résistants qui aujourd’hui à travers le pays maintiennent vivace cette activité de contestation à travers le pays. 

Donc le pouvoir vous accuse de créer cette vague de protestation, c’est ça ? 

Absolument. Ils sont conscients aujourd’hui que quelque chose s’est passée. C’est-à-dire que dans ce qui se passe aujourd’hui en Iran, la population n’a plus le regard tourné vers les factions du régime, comme c’était le cas par exemple en 2009. Dans les manifestations de 2009, vous souvenez peut-être, chacun cherchait sa voie entre les factions. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Les gens disent, nous ne voulons plus de régime, nous ne voulons plus de mollahs. Nous voulons une république laïque. Et ceux qui se maintiennent malgré cette répression, sont des gens structurés, organisés. C’est pour cela que les mêmes slogans apparaissent aux quatre coins de l’Iran.

Il y a un slogan très significatif qu’on entend ces jours-ci dans toutes les manifestations, qui contredit ceux qui veulent faire croire que ces manifestations sont le résultat de l’attitude américaine alors que je pense que la question majeure aujourd’hui ce n’est pas la question de relation entre les Etats Unis et le régime iranien. C’est la relation conflictuelle entre le peuple iranien et le pouvoir en place. Le slogan est « Notre ennemi est ici en Iran, ils mentent quand ils disent que c’est l’Amérique ». Alors ce slogan partout, que ça soit à Ispahan, que ça soit à Téhéran, que ça soit à Kermanchah, on l’entend à chaque fois.